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À l’heure du bouclage de cette programmation, le Moyen-Orient est le terrain de bombardements effroyables, dont on peine à imaginer quelle en sera l’issue. En ayant une pensée pour ce que vivent les populations, cette édition aura lieu pour défendre inlassablement le besoin de culture, d’échanges, de création, de rassemblement. Les spectateurs seront, comme de tradition depuis 25 ans, invités à découvrir ces trésors du cinéma arabe.

Bien sûr, au regard des éventuelles suspensions de vols et des potentielles difficultés à obtenir des visas pour les cinéastes venant du Proche-Orient, leur présence n’est pas garantie aux séances. Mais les films seront là pour qu’ensemble nous tournions notre regard vers le cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient.

Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni et le film du cinéaste marocain, Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam. Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première.

Elle accueillera des invités qui témoignent de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

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MERCREDI 15 AVRIL
19h00 : SOIRÉE D’OUVERTURE


Hijra de Shahad Ameen (Arabie Saoudite, 2025, 1h55)
En présence du monteur Hervé de Luze

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Hijra : L’Arabie Saoudite en quête de liberté 

Reconnue à l’internationale avec son premier long-métrage « Scales», la cinéaste saoudienne Shahad Ameen confirme tous les espoirs placés en elle avec « Hijra ». Un voyage spirituel entre une grand-mère et sa petite fille traversant l’immensité des paysages saoudiens. Embarquement immédiat ! 

 

Janna, 12 ans se prépare pour ce qui sera certainement le voyage le plus important de sa vie. Pour la première fois, l’adolescente accompagne sa grand-mère, Sitti, pour accomplir le pèlerinage vers la Mecque (Hajj). A ses côtés, sa grande sœur rebelle, Sarah. Toutes les trois se dirigent vers la ville sainte quand un évènement vient tout bouleverser : Sarah disparaît. La jeune Janna et sa grand-mère entament une recherche frénétique en parcourant du sud au nord l’Arabie Saoudite. Une traversée dans l’immensité et la beauté de leur pays qui va les conduire aussi à explorer leur propre histoire familiale. Au cours de ce périple, des secrets sur le passé de Sitti vont refaire surface. Une odyssée où deux générations de femmes se font face et s’apprivoisent. 

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Un voyage à cœur ouvert 

 

C’est cette quête initiatique menée par le tandem petite-fille/grand-mère que dépeint le film « Hijra » de la cinéaste saoudienne Shahad Ameen. Et le titre de son deuxième long-métrage ne doit rien au hasard puisque la « Hijra » désignait l’exil du Prophète Mahomet depuis La Mecque vers Médine. Dans cette œuvre captivante, la réalisatrice met en scène deux générations de femmes saoudiennes qui parcourent leur pays pour retrouver l’une des leurs : « L’essence de ce film, c’est un voyage spirituel entre la grand-mère et la petite-fille. Au cours de ce voyage, elles apprennent à se connaître et à connaître leur pays et l’histoire de la grand-mère qui a émigré en Arabie Saoudite. Elle emprunte la même route que celle prise soixante-dix années auparavant lorsqu’elle s’est installée en Arabie Saoudite », confie Shahad Ameen.  

Pour sublimer ce périple tout en conservant le caractère sacré de ses terres, la réalisatrice a tourné « Hijra » dans huit villes saoudiennes dont Djeddah, Médine, Tayma et Douba. L’équipe a filmé quelques plans dans un village où le prophète Mahomet serait passé avant son arrivée à Médine. Une façon aussi pour la cinéaste de rendre hommage à la beauté et à l’histoire de son pays. Les paysages époustouflants en font d’ailleurs l’un des personnages principaux du film. Traversant le désert saoudien sous une pluie battante dans l’un des plans du film, les héroïnes font face à toutes les injonctions d’une société parfois prise entre tradition et modernité.  

 

Primé à la Mostra de Venise 

 

Une quête que Shahad Ameen résume parfaitement : « C’est l’histoire de femmes qui naviguent dans ce qu’elles sont et comprennent ce que la liberté signifie pour elles »[…]« Là où « Scales » était mythique, « Hijra » est plus intime. Il s’agit du pèlerinage que nous faisons vers nous-mêmes, et du prix à payer pour faire ce voyage ». Grâce à cette œuvre puissante, la cinéaste montre une Arabie Saoudite éclairée de l’intérieur : « avec Hijra, je voulais raconter ma culture, ma société qui est méconnue dans le cinéma international. Je voulais faire découvrir l’Arabie Saoudite sous un nouveau jour, je voulais aussi explorer la question de la liberté sous la perspective de différentes générations de femmes ». Une déclaration d’amour à son pays saluée par la critique : « Hijra » a été désigné candidat pour représenter l’Arabie Saoudite aux Oscars. Auréolé du prix NETPAC à la Mostra de Venise, le film a également décroché le prix du jury et le prix du public du meilleur film saoudien au Festival International du film de la Mer Rouge. Une belle victoire à domicile pour celle qui avait décroché six ans auparavant le Prix de Vérone à la Mostra de Venise et le Tanit de Bronze aux Journée Cinématographiques de Carthage pour son premier long-métrage, « Scales ». Avec Shahad Ameen, l’Arabie Saoudite a déjà gagné une cinéaste en or.  

Laura Lépine 

JEUDI 16 AVRIL
18h30 : Patrimoine


 Said Effendi de Kameran Hosni (Irak, 1956, 1h31)
En présence de Léa Cesena Chargée de projet Expertise France/Cinémathèque irakienne
et de Benjamin Léréna, responsable du secteur Pilotage et planification à l’INA

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Saïd Effendi : La guerre des voisins irakiens ​

 

Le film « Saïd Effendi » (Monsieur Saïd) du cinéaste irakien Kameran Hosni, fait office de précurseur à plus d’un titre. Réalisé en 1956, il est l’une des œuvres majeures du studio de Bagdad fondé en 1948. Soixante-dix ans après sa sortie, il est aussi le premier film irakien à être projeté au Festival de Cannes. Une pépite à ne pas manquer ! 

 

« Je jure qu’il y avait but ! Me pousse pas ! Que Dieu maudisse ton père ! » Sur le terrain de foot d’un quartier populaire de Bagdad, les disputes des enfants prennent rapidement une ampleur démesurée. De la cour d’école, les conflits vont se propager dans tout le voisinage. Dans le collimateur des habitants : Saïd Effendi, un instituteur, qui vient d’emménager avec sa famille après avoir été contraint de quitter son ancien domicile sur ordre de son propriétaire. Le nouveau locataire tente de s’intégrer mais il est confronté à des tensions sociales avec son voisin Abdullah, cordonnier du quartier. Pour Saïd, la nouvelle résidence est synonyme de problèmes qui s’accumulent au fil des jours. Il faudra toute la sagesse et la pédagogie de l’instituteur pour relever un défi de taille : trouver un équilibre entre l’éducation de ses enfants et le maintien de bonnes relations avec ses voisins, sans recourir à la violence. Un véritable challenge pour celui qui n’aspirait qu’à une vie paisible.  

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La vie n’est pas un long fleuve tranquille 

Le quotidien des habitants d’un quartier populaire du Bagdad des années 50. Part son décor, le film « Saïd Effendi » (Monsieur Saïd) est déjà une sacrée promesse pour les cinéphiles du monde entier. S’il y avait une compétition des trésors cachés du septième art, ce premier long-métrage du cinéaste irakien Kameran Hosni serait sur le podium. Réalisé en 1956, il marque un tournant dans l’histoire culturelle de son pays. Ce récit dramatique qui colle à la réalité de son peuple dénote avec les films commerciaux qui étaient légion. Une liberté de ton impulsée par l’ouverture du studio de Bagdad en 1948. Kameran Hosni fait alors partie des pionniers dans le cinéma national, portant des œuvres réalistes avec un sens affûté de l’esthétisme.  

 

Je m’appelle Bagdad 

En empruntant les codes du néoréalisme italien des années 1950, le réalisateur irakien signe avec « Saïd Effendi », un premier long-métrage fascinant. L’amour pour Bagdad est dans chacun des plans de cette adaptation de la nouvelle « La Dispute » de l’écrivain Edmond Sabri. Une beauté qui vient renforcer la portée des thèmes centraux de cette œuvre : le chômage, la crise du logement et les tensions sociales. Un cocktail détonnant qui en fait une pépite du patrimoine cinématographique irakien. Un pays trop peu représenté sur grand écran. A l’aube de ses soixante-dix ans, « Saïd Effendi » s’est offert un bain de jouvence avec une restauration en 4K effectuée en France par l’Institut national de l’audiovisuel (INA) à partir du négatif original. Le film restauré a d’ailleurs été présenté au festival de Cannes 2025 dans la section Cannes Classics. Devenant ainsi le premier film irakien projeté sur la Croisette. Un beau cadeau pour ce bijou qui n’a pas pris une ride. Et un bel hommage pour son réalisateur-orfèvre. Merci Monsieur Hosni ! 

 

Laura Lépine 

JEUDI 16 AVRIL
20
h30 : Inédit 

Moondove de Karim Kassem (Liban, 2024, 1h59)
En présence de Karim Kassem

 

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Moondove : La soif du peuple libanais 

 

Reconnu à l’international pour ses documentaires, le cinéaste libanais Karim Kassem présentera « Moondove », son quatrième long-métrage. Mêlant fiction et réalité, ce récit est une ode à la résilience. Comme un cri d’amour lancé au peuple libanais, meurtri par la guerre civile et les explosions survenues à Beyrouth en 2020.  

 

Dans ce village isolé des montagnes libanaises, le temps semble s’arrêter. Les gouttes d’eau qui coulent du robinet sont devenues un bien précieux. Les terres sont arides et les fleurs sont fanées. Sous un soleil de plomb, chacun tente de faire face à une sévère sécheresse qui met en péril la région. Même si les récoltes sont terminées, le quotidien devient de plus en plus lourd. Quand un courrier vient illuminer les journées des villageois. Dans une enveloppe blanche se trouve un petit carton : « vous êtes invités à la pièce de théâtre « Départs » de Nadim Harb ». Comme chaque saison, une œuvre est présentée aux habitants. Mais cette année, le titre de la pièce résonne comme un présage. Bon ou mauvais ? L’avenir seul le sait. 

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Beyrouth, I love you 

 

Sous un soleil de plomb, les villageois s’affairent aux dernières récoltes. La sécheresse commence à atteindre le moral des troupes. D’ordinaire attrayantes, les montagnes libanaises deviennent étouffantes dans le film « Moondove » du cinéaste Karim Kassem. Elles encerclent les habitants mais ne les protègent plus. Seul rayon de soleil dans ce tableau sombre : la représentation annuelle d’une pièce de théâtre intitulée « Départs ». Avec ce titre annonciateur et cette nature menaçante, le réalisateur explore les thèmes de la résilience et de l’équilibre entre modernité et tradition. Partir, quitter son pays natal ou rester ? Une question qui est au cœur de ce récit et de toute l’œuvre de Karim Kassem, rescapé des explosions survenues à Beyrouth en 2020. Un tourment que partage tout le peuple libanais, déjà meurtri par quinze ans de guerre civile. Dans « Moondove », les habitants de ce village isolé font face à un avenir incertain. Un récit qui fait écho à toute l’Histoire de ce pays. 

 

Un cinéaste multi-primé pour ses documentaires 

 

 Dans son premier documentaire « Only the Winds » (2020), Karim Kassem, expatrié à New York, avait exploré la situation politique en revenant sur ses terres natales, caméra à l’épaule. Quelques mois plus tard, il atterri à Beyrouth seulement un jour avant les explosions qui ont détruit une grande partie de la ville. Cette dernière expérience a inspiré son deuxième long métrage « Octopus » (2021). Une plongée dans les rues dévastées de sa ville natale, cité qui tente de se relever. Une œuvre puissante qui a remporté le prix du meilleur film au Festival international du film documentaire d'Amsterdam (IDFA) et une mention spéciale du jury au festival international du documentaire ZagrebDox. Réalisateur et directeur de la photographie, Karim Kassem avait de nouveau conquis la critique avec « Thiird », son troisième long-métrage mettant en scène un mécanicien qui réparait aussi les cœurs des habitants d’un village proche de Beyrouth. Projeté en avant-première mondiale au Festival international du film de Rotterdam (IFFR), ce film avait décroché le prix du meilleur film au Festival international du film documentaire Beldocs à Belgrade. Trois ans après se sacre, le cinéaste libanais présentera au public de l’Institut Lumière « Moondove », dont l’avant-première mondiale s’est tenue au festival du film méditerranéen de Valence. Un beau cadeau pour les cinéphiles lyonnais.  

Laura Lépine 

VENDREDI 17 AVRIL
16h00 : Patrimoine


 Gare Centrale de Youssef Chahine (Égypte, 1958, 1h17)
En présence de Béatrice De Pastre
Directrice des collections et du patrimoine du CNC

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C’est l’amour à la gare 

 

Onzième long-métrage de Youssef Chahine, « Gare Centrale » fut présenté à la Berlinale lors de sa sortie en 1958. Une œuvre sur le désir, longtemps censurée et qui révèlera au monde entier le talent du cinéaste égyptien.  

  

Des employés s’activent, des vendeuses à la sauvette courent et les voyageurs se précipitent pour ne pas louper leur train. Dans la gare centrale du Caire, le quotidien est toujours mouvementé. Parmi les visages familiers du lieu, Madbouli, propriétaire du kiosque à journaux de cette station. Dans ce microcosme frénétique où les destins et les passions s'entrecroisent, Madbouli découvre Kenaoui, un vagabond boiteux et simple d’esprit. Il décide de l’engager comme crieur de journaux. Obsédé par les femmes, Kenaoui tombe sous le charme d’Hanouma, une vendeuse clandestine au physique avantageux. Il multiplie les tentatives de séduction auprès de la belle aux yeux noirs. Mais celle-ci repousse ses avances, lui préférant Abou Serib, un porteur qui veut organiser un syndicat dans la gare. Aveuglé par ses pulsions, Kenaoui sombre dans la folie et va commettre l’irréparable.  

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Gare à la folie 

Dans le tumulte du Caire, le cinéaste égyptien Youssef Chahine fait de la « Gare Centrale », le théâtre des passions et des frustrations. Avec ce film, il explore avec justesse le désir et la folie. Réalisateur engagé, il décortique la société égyptienne, épinglant les religieux conservateurs. Longtemps interdit au Moyen-Orient, cette œuvre majeure du maître Chahine connaîtra un immense succès populaire. C’est avec ce onzième long-métrage que Youssef Chahine acquiert une renommée internationale. Sélectionné à la Berlinale en 1958, « Gare centrale » est aussi l’occasion de (re)découvrir Chahine, l’acteur, puisqu’il interprète le rôle de l’amoureux éconduit Kenaoui. Un casting cinq étoiles réunissant Farid Chawki (Abou Serib), devenu une star dans son pays et Hind Rostom, l’une des icônes de l’âge d’or du cinéma égyptien, surnommé la « Marilyn Monroe de l'Orient ». Un coup de maître pour le réalisateur Youssef Chahine.  

 

Omar Charif, Michel Piccoli, Dalida au casting 

Dès ses débuts, le réalisateur a séduit la critique : en 1951, son deuxième long-métrage « Le Fils du Nil » est projeté au festival de Cannes. Trois ans plus tard, avec le film « Le Démon du désert », il lance la carrière d’un jeune acteur égyptien : un certain Omar Charif. Une légende est née. Et une amitié pour la vie entre ces deux natifs d’Alexandrie. Auteur d’une quarantaine de films, Youssef Chahine a multiplié les récompenses à l’international : Tanit d’or Journées Cinématographiques de Carthage pour « Le Choix » (1970), Ours d’argent à la Berlinale pour « Alexandrie pourquoi ? » (1979), Prix Unesco pour « 11'09"01 - September 11 » à la Mostra de Venise. En 1997, le Festival de Cannes lui décerne le Prix du cinquantième anniversaire pour l'ensemble de son œuvre. Omar Charif, Michel Piccoli, Patrice Chéreau et Dalida ont tourné sous la direction de Youssef Chahine. « Gare centrale » est souvent considéré comme le film emblématique du cinéaste égyptien le plus connu au monde. Pépite du patrimoine arabe, cette œuvre majeure fut restaurée en 2018. Avis à tous les cinéphiles-voyageurs : un arrêt à la gare centrale du Caire est fortement recommandé ! 

Laura Lépine 

VENDREDI 17 AVRIL
18h15 : Inédit


Bin U Bin, ailleurs la frontière de Mohamed Lakhdar Tati (Algérie, 2024, 1h33)
En présence de Mohamed Lakhdar Tati et de l'acteur Salim Kechiouche

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BIN U BIN 

 

Auteur de plusieurs documentaires, le réalisateur algérien Mohamed Lakhdar Tati passe pour la première fois à la fiction avec « Bin u Bin ». Une plongée dans le milieu des contrebandiers à la frontière algéro-tunisienne. Un film coup de poing sur tous les paradoxes de la société algérienne. 

 

Dans le regard de Saad, il y a du désir, de la détermination, mais aussi la peur. Et un nouveau feu, allumé par un univers qui vient fracasser sa réalité. Celui du trafic illégal de carburant mené à la frontière algéro-tunisienne. Cinéaste en errance, Saad s’est réfugié chez un ami. Et c’est là qu’il découvre le monde de la contrebande. Un microcosme troublant et excitant dans lequel il plonge malgré lui, pour financer son nouveau film. Pris entre deux mondes, Saad s’engage dans une quête intime, pris entre la loyauté et la survie. L’essence, la frontière, ont mis le feu dans son esprit. Mais la frontière devient aussi un champ de bataille politique dans laquelle il s'engage ; cela précipite le destin de son ami et de sa famille. Dans cet univers trouble, une seule règle existe : celle de la survie. 

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Le bien, le mal 

 

« Bin u Bin », est une expression algérienne qualifiant un état de balancement, d’incertitude entre deux choix contradictoires. Un concept qui colle à la peau du personnage de Saad, héros du film « Bin u Bin » du réalisateur Mohamed Lakhdar Tati. Mais cette dualité peut aussi se calquer sur la société algérienne. Avec comme révélateur de ce dilemme, la frontière, limite géographique et politique. Dans cette première œuvre de fiction, le cinéaste offre une plongée dans le quotidien de ceux qui vivent de la contrebande de carburant. Un film où se mêle réalisme brutal et imaginaire collectif d’une société transfrontalière au bord de la rupture. Et c’est dans cette tension permanente que se déroule le quotidien de ceux qui vivent en marge de la loi. Dès les premières secondes de la bande-annonce, « Bin u Bin » donne le ton : le visage marqué, le regard inquiet, Saad avoue que la contrebande, le carburant et la frontière le « rendent fou ». Devenu membre actif de cette économie souterraine, le jeune cinéaste comprend qu’il n’en sortira pas indemne. A force de passer d’une frontière à l’autre, d’un monde à l’autre, il commence à perdre la tête. Et c’est aussi toutes les contradictions de l’Algérie qui traverse cette œuvre captivante de Mohamed Lakhdar Tati.  

 

La frontière, lieu de domination 

Un récit qui emprunte au western : « ce qui m'intéressait c’était les contrebandiers et leur activité qui constitue la frontière, du moins dans mon imaginaire, la frontière est une notion politique […] La frontière en soi comme sujet cinématographique est omniprésent. La frontière comme sujet cinématographique, c'est presque, depuis que le cinéma existe avec le western, c'est-à-dire que le western c'est une espèce de façon d'être à la frontière ». Quelle soit géographique ou politique, la frontière devient l’un des personnages principaux du film. Pour le cinéaste algérien, il était primordial d’aborder le côté « symbolique » de la frontière : « elle n'est pas matérialisée cette frontière, mais elle est comme symbole de pouvoir et de lutte sociale aussi […] Pour moi, la frontière c'est une question de domination. Celui qui domine la frontière domine le récit. Et le film essaie de dire que les gens qui habitent les régions proches de la frontière ont une façon, ou ont une quotidienneté qui est complètement bouleversée par cette expérience un peu pesante de la frontière. La frontière détermine leur façon d'être, leur culture, leur imaginaire. Je voulais que mes personnages reflètent cet imaginaire de la frontière dans leur façon d'être, dans leur façon de se raconter, dans leur façon de survivre ».  

Et comme la réalité dépasse parfois la fiction, c’est en regardant les informations télévisées que le réalisateur a eu l’idée du film, en entendant un ministre qualifier les contrebandiers de « terroristes économiques algériens ». Des propos qui ont attisé la curiosité du cinéaste. Auteur de plusieurs documentaires engagés, Mohamed Lakhdar Tati n’a pas fini d’enflammer la critique. 

Laura Lépine 

VENDREDI 25 AVRIL
20h45 
: AVANT-PREMIÈRE


D'où vient le vent de Amel Guellaty (Tunisie, 2025, 1h40)
En présence de l'acteur Slim Baccar

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D’où vient le vent : Le rêve tunisien 

La cinéaste-photographe Amel Guellaty fait une entrée fracassante dans la cour des grands avec son premier long-métrage “D’où vient le vent”. Présenté en avant-première au festival de Sundance, ce road-movie captivant célèbre la force et la soif de liberté de la jeunesse tunisienne.  

 

Tout plaquer. Faire tourner la clé dans le contact et prendre la route pour un nouveau départ. Beaucoup en ont rêvé, Alyssa, 19 ans et son ami Mehdi, l’on fait. Sur un coup de tête, la jeune femme embarque son acolyte pour un voyage en direction de Djerba. Cinq cents kilomètres à parcourir, en traversant une partie du désert tunisien, pour rejoindre l’île paradisiaque. Pour les deux amis de toujours, pas question de lézarder sur les plages de Djerba. Leur avenir se jouera là-bas. A Tunis, Alyssa rêve d’échapper à un quotidien étouffant. Mehdi, passionné de dessin, doit travailler comme informaticien pour subvenir à ses besoins. Alors quand un concours d’art est organisé à Djerba pour offrir une résidence en Allemagne, Alyssa y voit une échappatoire. Mais le tandem doit faire face à un obstacle de taille : comment parcourir les cinq cents kilomètres qui les séparent de leur rêve sans voiture et sans argent. Déterminée à ne pas laisser passer sa chance, Alyssa va forcer le destin. Le duo embarque dans un pick-up et foncent à toute vitesse en direction de Djerba. Un road-trip improvisé qui devient un parcours initiatique pour ces jeunes en quête en de liberté. 

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Là-bas, tout est neuf… 

 

« Tu sais d’où vient le vent ? De l’autre côté de la planète, dans un désert comme celui-ci. Il y a ce qu’on appelle des hurleuses, ces femmes pour réveiller le vent, crient du plus profond de leur être. Mehdi livre ses quelques mots à son amie Alyssa, lorsqu’ils arrêtent en plein désert tunisien avant de rejoindre Djerba. Les deux amis se mettent alors à crier de toute leur force, face au vent et au désert. Une scène qui contient toute l’essence du film « D’où vient le vent » de la réalisatrice Amel Guellaty. Ce cri dans le silence assourdissant du désert n’est pas seulement celui des héros du films, Alyssa et Mehdi. Ce cri est celui de la jeunesse tunisienne, en quête de liberté dans un pays où règne à nouveau le plus étouffant des conservatismes. Le hurlement d’une génération qui fait aussi face aux désillusions de Révolution du jasmin. Un thème central pour la cinéaste qui livre ici son premier long-métrage : « la jeunesse tunisienne me fascine particulièrement. En tant que jeunesse arabe et africaine, elle incarne l’ouverture et la soif de liberté, tout en restant fermement enracinée dans les traditions et l’héritage culturel – un mélange passionnant que je perçois comme incroyablement riche. Mais c’est aussi une jeunesse qui souffre de désespoir, de négligence et de mauvais traitement de la part du pouvoir en place. Beaucoup rêvent de quitter leur pays d’origine, mais leurs espoirs sont étouffés avant même d’avoir pu s’épanouir ».  

Un hymne au femmes tunisiennes 

 

Et pour célébrer cette jeunesse aspirant à une vie meilleure, Amel Guellaty a misé sur un tandem mixte pour aller à l’encontre des principes conservateurs qui séparent constamment les deux sexes. Une histoire d’amitié portée par le duo lumineux formé par les acteurs Eya Bellaga et Slim Bacca. « Ils ont été tout simplement remarquables. Ils ont donné vie à leur personnage, de telle manière qu’on s’y attache vraiment. Eya et Slim sont également devenus camarades en dehors du plateau, ce qui a encore renforcé leur dynamisme à l’écran […] Je suis incroyablement fier de leur performance et de leur engagement pour ce film », confie la réalisatrice. Avec ce road-movie flamboyant, la cinéaste a voulu aussi rendre hommage à la force des femmes tunisiennes : « elles sont des battantes. Cette tension permanente entre modernité et tradition, entre résilience et lutte quotidienne, constitue précisément une dualité que je trouve si impressionnante et admirable chez la jeunesse tunisienne, en particulier chez les femmes ».  

 

Présenté au festival de Sundance 

 

Une opiniâtreté qui caractérise bien cette photographe qui s’est tournée vers le cinéma après des études de droit à la Sorbonne. Après avoir fait ses armes en tant qu’assistante pour des longs métrages notables tels que « Après Mai » d’Olivier Assayas et « La Blessure » d’Abdellatif Kechiche, Amel Guellaty réalise son premier court-métrage « Black Mamba » en 2017. Une première œuvre récompensée par plusieurs prix et sélectionnée dans de nombreux festivals internationaux. Cinq ans plus tard, sort « Chitana », son deuxième court-métrage qui connaît le même succès. Rien d’étonnant donc à ce que son premier long-métrage soit un pur bijou. Présenté en avant-première mondial au festival de Sundance, « D’où vient le vent » a été présenté au Festival international du film de Rotterdam (IFFR) et a été sacré meilleur film de fiction arabe au festival d’El Gouna. A l’image de ses personnages Alyssa et Mehdi, Amel Guellaty, trace sa route et prend son destin en main. Comme le dit le proverbe africain : « quand les racines sont profondes, il n'y a pas lieu de craindre le vent ». 

Laura Lépine 

SAMEDI 18 AVRIL
14h45 : Patrimoine


 Alyam, Alyam de Ahmed El Maanouni (Maroc, 1978, 1h30)
En présence de Ahmed El Maanouni

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Alyam Alyam : le rêve français 

 

Premier long-métrage du cinéaste Ahmed El Maânouni, « Alyam Alyam » a marqué les esprits et a inscrit son auteur dans la cour des grands. Ce récit sur le thème de l’immigration, est aussi le premier long-métrage marocain sélectionné au festival de Cannes. Un bijou sorti en 1978, mais qui n’a pas pris une ride.  

 

Quitter sa terre natale pour un avenir meilleur. Tout plaquer pour s’offrir un nouveau départ. Une vie plus belle. C’est le rêve d’Abdelwahad. Dans son village d’Oulad Ziane dans la région de Casablanca, ce jeune paysan est certain que son avenir se joue ailleurs, en France. Depuis la mort de son père, il tente d’aider sa mère à nourrir ses sept frères. Mais le travail dans les champs lui permet tout juste de survivre. Abdelwahad rêve de s’installer en France pour une vie meilleure.  Mais il se heurte à l'opposition de sa mère et de son grand-père. Ni le poids des traditions, ni les obstacles ne semblent arrêter le jeune homme. Persuadé qu’il n’y a pas de futur dans ce milieu rural, Abdelwahad entame les démarches administratives pour obtenir un permis de travail en France. Arrivera-t-il à réaliser son rêve ? Rien n’est sûr.  

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Le bonheur est dans le pré marocain 

 

C’est cette promesse d’un avenir meilleur offert par l’exil qui est au cœur du film « Alyam Alyam » du cinéaste marocain Ahmed El Maânouni. Un thème aussi périlleux que puissant pour son premier long-métrage. Une première œuvre devenue emblématique du cinéma marocain. Pour le réalisateur, l’idée du film est née d’une réflexion sur l’exil : « j'ai eu cette curiosité d'une simple question. Pourquoi, à un moment dans notre vie, perdons-nous l'espoir dans notre horizon naturel ? Pourquoi devons-nous quitter notre ville et aller chercher une subsistance de vie ailleurs ? Il y a eu quelques films, à l'époque, dans les années 70, sur l'immigration. Mais toujours l'immigration dans l'Europe, par exemple. Ma question était de comprendre pourquoi les gens devaient quitter leur pays. » Pour construire le récit d’Alyam Alyam, le réalisateur-scénariste est parti « à la source », dans les fermes marocaines. Comme un reporter, Ahmed El Maânouni est allé à la rencontre des travailleurs agricoles pour partager leur quotidien et leurs aspirations. Avec un objectif : comprendre pourquoi à un moment donné, des hommes, des femmes perdent l'espoir dans leur « horizon naturel et veuillent partir ».  

 

Abattre les clichés sur les immigrés 

Cette humanité est d’ailleurs dans tous les plans d’Alyam Alyam : des agriculteurs qui fauchent les champs à ceux qui portent les moutons sur leur dos, en passant par le rituel du thé. Ahmed El Maânouni filme ces gestes du quotidien avec un amour certain pour ces protagonistes et pour son pays. A travers cette œuvre, le réalisateur place la figure de l’immigré au centre du récit et met un point d’honneur à abattre les clichés : l’idée du film était de montrer aussi que ce sont des êtres humains comme tous les autres, avec leurs rêves, leur culture et surtout avec leur voix. L'immigré n'avait pas de voix. Il était un être mutique, presque invisible. Son image a été exploitée, évidemment, mais il était invisible dans la société. Bien sûr, le regard des réalisateurs et des scénaristes a changé. Ce ne sont plus des stéréotypes. Les personnages ne sont plus des clichés, des clichés immigrés ». Pari réussi pour cet orfèvre du septième art : « Alyam Alyam » lui ouvre les portes du cinéma international. Il devient le premier long-métrage marocain sélectionné au festival de Cannes. Il récolte en 1978 le Prix de la 1re Œuvre aux Journées Cinématographiques de Carthage. Trois ans plus tard, Ahmed El Maânouni confirme tous les espoirs placés en lui avec « Transes », un documentaire musical. Petit bijou devenu culte, le film a été restauré par la World Cinema Foundation. En 2007, un certain Martin Scorsese le présente au Festival de Cannes Cannes Classics. Être adouber par « Marty », ça n’a pas de prix.  

 

Laura Lépine 

SAMEDI 18 AVRIL
17h00 : Inédit


Yunan de Ameer Fakher Eldin (Syrie, 2025, 2h04)
En présence de Ameer Fakher Eldin

SYRIE-Yunan__Still4_© 2025 Red Balloon Film GmBH, Productions Microclimat Inc, Intramovies

YUNAN : L’île réparatrice 

 

Sacré meilleur réalisateur au festival de la Mer Rouge, le cinéaste syrien Ameer Fakher Eldin signe avec « Yunan » un bijou d’humanité et de beauté. Sélectionné à la dernière Berlinale, ce film constitue le deuxième volet de sa trilogie consacrée à l’exil. Un thème cher à ce talentueux réalisateur. 

 

« Je ne vois rien d’anormal. Reposez-vous un peu d’accord ? » Le diagnostic de son médecin posé, Munir se retrouve encore plus angoissé que la veille de son rendez-vous. Epuisé physiquement et moralement, cet écrivain syrien en exil n’a plus la force de se battre. C’est décidé, dans quelques jours, il se rendra au nord de l’Allemagne, sa terre d’accueil pour un ultime voyage. Pour mettre fin à ses jours, Munir choisi de poser ses valises dans l’une des îles Halligen situées dans la mer du Nord. Dans ce petit bout de terre localisé à quelques kilomètres du Danemark, l’écrivain espère rendre son dernier souffle. Au milieu de ces pâturages, loin de tout, il loue une chambre dans une auberge tenue par Valeska, une veuve excentrique. A l’annonce d’une tempête, Munir est invité à s’installer dans la maison de son hôte pour la nuit suivante. Aux côtés de Valeska et de son fils Karl, Munir reprend peu à peu goût à la vie.  

SYRIE- YUNAN Still 1 © 2025 Red Balloon Film GmBH, Productions Microclimat Inc, Intramovie

L’envie d’avoir envie 

 

Au milieu d’un champ de cette île de la mer du Nord, Munir, écrivain suicidaire, se retrouve face à une baleine échouée. Un plan, comme un miroir tendu à cet homme qui souffre de son exil permanent et de sa solitude. Comme cet animal meurtri, il manque d’air. Tout lui semble un combat, chaque respiration est devenue une lutte. Mais comme lui rappelle son hôte salvatrice, Valeska : « personne n’a autant besoin d’air ». Des paroles pleines d’humanité qui vont redonner à Munir l’envie de vivre. Et c’est cet élan de générosité qui est insufflé dans chaque plan, chaque scène du film « Yunan » du cinéaste Ameer Fakher Eldin. Avec cette œuvre, le réalisateur signe le deuxième volet d’une trilogie consacrée à l’exil. Un sujet au cœur de sa propre identité puisqu’il est né en Ukraine, de parents syriens, et qu’il vit en Allemagne. Le déracinement, l’espoir, le destin font partie de son ADN et de ses films. Sélectionné en compétition officielle à la Berlinale, sur sa terre d’accueil, « Yunan » marque une étape majeure dans son approche de l’exil : « je voulais explorer cette bataille silencieuse que nous menons en nous-mêmes. Comme je viens du plateau du Golan occupé, j’ai grandi en exil sans être forcé de partir. Je n’ai pas fui à cause de la guerre ou d’une crise nationale — la frontière était déplacée, me laissant déplacé. Je ne connais pas la Syrie. Je ne peux pas aller en Syrie. Je me suis donc retrouvé à attendre — ou à fantasmer sur l’idée de — une patrie ».  

Allemagne-Liban : un duo d’acteurs au sommet  

Pour donner naissance au héros de son film, le cinéaste a voulu « analyser l’esprit de la personne déplacée » en se « connectant aux aspects universels de la perte, de la désillusion et à la recherche de sens ». Et pour interpréter Munir, cet écrivain en exil permanent qui décide de mettre fin à ses jours, le cinéaste syrien a pu compter sur George Khabbaz, immense acteur libanais. Un rôle qui lui a valu le Prix du meilleur acteur au Festival International du film de la Mer Rouge (Red Sea). Face à lui, celle qui va redonner goût à la vie à Munir, l’hôtelière Valeska, incarnée par Hanna Schygulla, légende du cinéma allemand. Une actrice qu’Ameer Fakher Eldin admire depuis longtemps et qui l’a marquée dès la première rencontre dans un café : « j'ai eu des problèmes respiratoires, comme dans le film […] C’était peut-être dû à des crises de panique ou à une dépression. Elle m'a vu tenter de respirer profondément. Je ne la connaissais pas, c'était la première fois que je la rencontrais. Elle a mis sa main sur la mienne, sur la table, et elle m'a dit : « peut-être que tu n’as pas besoin d’autant d'air ». Et là, tu te dis, cette femme est un être humain incroyable ». Et comme dans le film, Valeska est celle qui donne petit à petit un second souffle à Munir.  

Le cœur battant d’Ameer Fakher Eldin 

Dans cette île occasionnellement submergée, l’écrivain en exil remonte à la surface, grâce à l’humanité de ses hôtes. Une ode à la tolérance offerte par le cinéaste syrien : « nous, en Europe et dans le monde entier, parce qu’il y a beaucoup de gens déplacés, on les traite comme une menace. Alors que ce sont des âmes perdues. On devrait leur donner une grande et chaleureuse accolade. C’est cela qui me dérange, et ça devrait tous nous déranger. On devrait les enlacer et arrêter de les cataloguer. Et dans ces îles au bout du monde, même là-bas et malgré leur nature conservatrice, si un étranger peut être accepté là-bas, il devrait pouvoir l’être partout. C'est le message et l'espoir que j'essaie de faire passer. Car j’ai espoir en l'humanité, si on choisit l'humanité ». Pour nous, Ameer Fakher Eldin, c’est le choix du cœur. 

Laura Lépine 

SAMEDI 18 AVRIL
19h45 : CLÔTURE

Palestine 36 de Annemarie Jacir (Palestine, 2025, 1h58)
En présence de l'acteur Karim Anaya

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PALESTINE 36 : La révolte Palestinienne 

 

Reconnue à l’internationale dès son premier long-métrage « Le Sel de la mer » (2017), la cinéaste-scénariste Annemarie Jacir signe avec « Palestine 36 », une magistrale fresque historique sur la révolte arabe menée de 1936 à 1939 contre les colons britanniques. Un épisode méconnu mais fondateur, qui résonne fortement avec l’actualité.  

 

« Mes amis, votre pays est bradé, comme vos emplois. Soit on passe à l’action, soit on regarde […] Longue vie à la rébellion ! » Ces mots pourraient être prononcés aujourd’hui par des Palestiniens, des Ukrainiens ou des Iraniens. Ces paroles résonnent particulièrement avec l’actualité. Et pourtant, elles sont lancées par un jeune palestinien, Khalid, en 1936. Dans son village, le quotidien est dicté par les colons britanniques. Peu à peu les villages de la Palestine mandataire se soulèvent les uns après les autres contre cette domination. La révolte des villageois est en marche. Avec un seul objectif : la création en Palestine d’un Etat indépendant. Parmi les habitants, Yusuf, oscille entre sa maison rurale et l’énergie bouillonnante de Jérusalem, aspirant à un meilleur avenir. Lutter ou se résigner ? Le jeune Palestinien devra faire un choix. C’est désormais une question de survie. 

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Un film, comme un acte de résistance 

« La Palestine n’est pas à vendre. Nous sommes un peuple uni et libre ! » Le cri lancé par les villageois dans le film « Palestine 36 » résonne particulièrement avec l’actualité. Cette déclaration pourrait aussi bien venir de sa réalisatrice, Annemarie Jacir. Avec ce long-métrage ambitieux, elle signe avec une puissance de feu une fresque historique sur la révolte arabe menée en Palestine de 1936 à 1939 contre l’empire colonial britannique. Un épisode méconnu qui éclaire les racines du conflit israélo-palestinien. En mêlant fiction et images d’archives, la réalisatrice originaire de Bethléem plonge le spectateur dans ce moment de bascule de l’histoire du Proche-Orient. Une période charnière rarement portée sur grand écran. "C'est le film le plus ambitieux jamais réalisé en Palestine, parce que des décorateurs aux créateurs de costumes, en passant par les accessoiristes, nous sommes tous Palestiniens. Nous avons passé plus d'un an à préparer le tournage », raconte la cinéaste. Et pour Annemarie Jacir et son équipe, la réalisation a relevé parfois du parcours du combattant. La cinéaste devait débuter les premières prises de vue à la mi-octobre 2023. Lorsque les massacres éclatent en Israël le 7 octobre, il était devenu trop dangereux de tourner le film dans cette région. Mais à l’image des villageois de « Palestine 36 », elle n’a pas renoncé à faire son film : « on a voulu le faire coûte que coûte. Comme un acte de résistance. C'était plus important que jamais de revenir aux sources de la violence »

 

Jeremy Irons et Hiam Abbas au casting 

Pour incarner cette révolte, Annemarie Jacir a composé un casting de choix : le magnétique Karim Daoud Anaya prête ses traits au héros du film, Yusuf, qui oscille entre la maison de ses parents à la campagne et la ville bouillonnante de Jérusalem. A ses côtés, l’immense acteur britannique Jeremy Irons joue le Haut-commissaire Arthur Wauchope, rejoint par la magistrale actrice-réalisatrice israélo-palestinienne Hiam Abbas dans le rôle d’Hanan. Sans compter l’excellent Saleh Bakri (Khalid), comédien israélien d'origine palestinienne. Le casting est à lui seul un gage de qualité et une belle promesse pour tous les cinéphiles. Aussi comme un appel à la réconciliation des peuples. Depuis son premier long-métrage « Le Sel de la mer » (2007) présenté au festival de Cannes, Annemarie Jacir explore avec finesse l’exil et l’identité. Avec « Palestine 36 », elle signe une œuvre essentielle qui contribue au travail de mémoire d’un peuple en lutte pour sa liberté. Longue vie à la révolte d’une cinéaste engagée ! 

 

Laura Lépine 

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