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Nora Boudjemaï

AILLEURS

14 juin > 15 juillet 2018

Sans Titre. Technique mixte sur papier. 32 x 43cm. 2017 © Nora Boudjemaï

Sans Titre. Technique mixte sur papier. 59x 74 cm. 2018 © Nora Boudjemaï

Sans Titre. Technique mixte sur papier. 37x 37 cm. 2017 © Nora Boudjemaï

Les habitants de notre région auraient mauvaise grâce à ne pas aller voir la peinture de Nora Boudjemaï qui est née à Lyon, vit dans cette ville et y a fait déjà un grand nombre d’expositions, avant celle qu’on peut voir actuellement à la Galerie Regard Sud. De toute façon, sans préjuger des goûts individuels et même pour ceux qui la découvriront à cette occasion, il est plus que probable que la rencontre sera forte, voire impressionnante. D’emblée, on est gagné par la certitude qu’une personne existe sur les murs de cette galerie, qu’elle s’exprime et s’adresse à nous ; et que nous serions idiots de ne pas l’entendre, définitivement sourds à tout ce que la vie peut nous dire et nous apporter.

Si l’on pense au vieux débat qu’on ressort parfois à propos de peinture, opposant la couleur et la forme, on a vite fait de comprendre qu’il n’a pas lieu d’être ici. Proposons plutôt d’évoquer la matière colorée de ses tableaux, et s’il s’agit de recourir à un couple de mots pour définir ou tenter de cerner la complexité de sa peinture, disons que ce serait le couple matière et mouvement  dont on voit bien que, si complexité il y a, ce n’est pas de contradiction qu’il s’agit mais de complémentarité.

La matière parlons-en, sa riche présence ne peut échapper à personne, c’est la première chose qu’on voit en regardant les tableaux de Nora Boudjemaï, celle qui s’impose à nous par son épaisseur mais aussi sa plasticité. Car il n’y a jamais blocage, comme le ferait une substance immobile qui chercherait définitivement  à s’imposer. La matière est à la fois consistante et souple, elle porte encore les traces bien visibles du mouvement par lequel elle a été posée où elle est —ou si l’on veut les traces du geste qui lui a donné forme, et qui prouve que cette matière est en rapport avec une volonté et une liberté ; on peut même y trouver quelques indices de caprice et de fantaisie, pourquoi pas, c’est le petit « plus » qui amuse et qui charme, ou qui évite qu’on ne se laisse trop impressionner par la vigueur de l’acte artistique que le tableau déploie.

Chez Nora Boudjemaï, matière et mouvement participent d’une vitalité dont l’expression joyeuse est évidemment soulignée par la couleur, puissante, franche et variée. Aucune ne semble nous être refusée, même si l’exposition actuelle donne le sentiment de vouloir explorer particulièrement les possibilités de la couleur verte, de manière originale si l’on pense, en général, à la peinture d’aujourd’hui. Cependant l’artiste aime la diversité des couleurs, cela semble évident, au point de ne pas souhaiter les mêler les unes aux autres au risque de les affadir, mais plutôt de les juxtaposer, pour qu’elles se mettent en valeur réciproquement. Elle use des contrastes entre elles, mais n’en abuse pas, réservant  à certaines taches claires, de moindre dimension,  une luminosité presque sidérante par son éclat.

C’est dire que pour qui reçoit ces tableaux, (comme un choc visuel) et les regarde (comme objets de contemplation) la sensation est d’être comblé : on voue à l’artiste une sorte de gratitude pour l’impulsion que sa peinture communique et pour l’euphorie que nous lui devons.

Denise Brahimi