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Véritable coup de projecteur sur le cinéma du Maghreb et du Moyen-Orient d’aujourd’hui, le Festival Cinémas du Sud se tiendra à l’Institut Lumière du 10 au 13 avril. Une célébration du septième art qui s’annonce sous les meilleurs auspices puisque la réalisatrice libanaise Nadine Labaki nous fait l’honneur d’être la marraine de cette 24ème édition. Pour ouvrir le bal des festivités, le public lyonnais sera embarqué en Egypte lors de la projection, en avant-première, du Retour en Alexandrie  de Tamer Ruggli. Un premier long-métrage lumineux incarné par un duo d’actrices à faire pâlir d’envie tous les cinéastes : Nadine Labaki, notre marraine et Fanny Ardant ! Réunies pour la première fois à l’écran, les comédiennes camperont un tandem mère-fille détonnant.

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Retour en Alexandrie  sera l’occasion de nous mettre à l’honneur Nadine Labaki. Il s’agira, du quatrième long-métrage présenté au festival dans lequel joue notre marraine ! Lors des précédentes éditions, le public lyonnais avait pu découvrir les pépites libanaises Balle perdue  de Georges Hachem (2012), 1982  de Oualid Mouaness (2020)  Costa brava Lebanon de Mounia Akl (2022). Il était donc tout naturel pour nous de projeter en ouverture du festival  Retour en Alexandrie  de Tamer Ruggli.

Réalisatrice, scénariste et actrice libanaise, Nadine Labaki, décroche en 1998, pour son court-métrage de fin d’études 11 rue Pasteur , le Prix du meilleur court métrage à la Biennale du cinéma arabe à l’Institut du monde arabe ! Viendront ensuite trois long métrages devenus cultes :  Caramel (2007), sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. Suivi par le film  Et maintenant, on va où ?  (2011), couronné du Prix du public au Festival international du film de Toronto. Acclamé par toute la Croisette, son troisième long-métrage  Capharnaüm  (2018) obtient le Prix du jury au Festival de Cannes.

Le festival met à l’honneur les films d’aujourd’hui, ceux du passé mais aussi les talents de demain. La 24e édition du festival Cinémas du Sud témoigne une nouvelle fois de sa volonté de partager avec le public des œuvres du Maghreb et Moyen-Orient, inscrites dans leur époque. Dans ce contexte de conflits internationaux que nous traversons actuellement, il est plus que jamais, important pour nous de défendre le mélange des cultures.

Une édition plus que jamais centrée sur le cinéma comme langage universel qui contribue de façon constructive aux questionnements qui traversent le monde arabe contemporain en suscitant des débats avec le public.

Tels sont les objectifs du Festival Cinémas du Sud.

MERCREDI 10 AVRIL
19h30 : SOIRÉE D’OUVERTURE


AVANT-PREMIERE - Retour en Alexandrie de Tamer Ruggli (Egypte, 2023, 1h30)
En présence de Tamer Ruggli

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Retour à la mère égyptienne

Avec Retour en Alexandrie , le réalisateur Tamer Ruggli signe un premier long-métrage lumineux sur un duo mère-fille qui se retrouve après des années de silence. Un road-movie entre la Suisse et l’Egypte, comme une déclaration d’amour aux femmes de son enfance. Fanny Ardant et Nadine Labaki forment le tandem détonnant de ce bijou égyptien.

 

Installée depuis de nombreuses années en Suisse, Sue, exerce avec passion son métier de psychologue. Mais son quotidien si paisible va être bousculer en un coup de fil. Sa tante Indji lui apprend que sa mère est gravement malade. Après des années d’absence, Sue décide de retourner dans son Egypte natale pour voir sa mère, Fairouz. Une femme égocentrique et blessante avec laquelle elle a coupé les ponts il y a plus de vingt ans.

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Les sirènes du port d’Alexandrie

Du Caire à Alexandrie, au volant de son cabriolet rose, Sue entreprend un voyage dans le passé, se confrontant aux fantômes qu’elle pensait avoir laissé derrière elle en s’exilant. Au cours de ce périple, elle pourra compter sur le soutien indéfectible du jeune Bobby et de sa tante Indji, jamais à court d’anecdotes hautes en couleur. De la Suisse à Alexandrie, en passant par le Caire, Sue affronte ses démons et tente de renouer les liens avec sa mère, Fairouz, une aristocrate excentrique qui l’a tant blessée par le passé. Les deux femmes parviendront-elles à se retrouver avant qu’il ne soit trop tard ? C’est l’un des enjeux du  Retour en Alexandrie , premier long-métrage du réalisateur suisse-égyptien Tamer Ruggli. Avec un sens aigu de l’esthétisme, le cinéaste dresse un portrait lumineux des femmes égyptiennes, et plus particulièrement celles de son enfance.

Fanny Ardant, Nadine Labaki : un tandem mère-fille qui crève l’écran

 

Des femmes avec « une grande classe et une élégance intemporelle. Ce film m’a permis de refaire vivre ma tante Hinji, ma grand-mère : ces personnages avec lesquels j’ai grandi et que j’avais envie de faire découvrir à un public européen, qui ne connaît pas ce genre de femme ». Pour incarner ce duo mère-fille aussi envoûtant que détonnant, Tamer Ruggli a bien eu raison de « rêver » à deux actrices dès l’écriture du scénario : Fanny Ardant et Nadine Labaki. Une fois le script bouclé, le cinéaste a pu les rencontrer grâce à des connaissances : « j’ai pu leur parler du scénario et j’ai pu m’inspirer d’elles, de leurs personnes. Elles étaient très investies et ont mis  leurs personnes au service de ces personnages pour que cela ressemble vraiment à ces femmes égyptiennes : à ma grand-mère, à ma mère que j’avais envie de décrire et de refaire vivre dans ce film ». La mère du cinéaste joue d’ailleurs l’une des tantes de Sue. Véritable déclaration aux femmes de sa vie, ce récit a d’emblée séduit la réalisatrice-actrice Nadine Labaki : « quand Tamer m’a parlé du scénario, j’ai compris à quel point il connaissait bien ses personnages, qu’il les aimait. Il y avait un rapport très honnête avec ses personnages de femmes incroyables ». Pour la cinéaste libanaise, le tournage de Retour en Alexandrie marque aussi sa première collaboration avec Fanny Ardant : « une femme fascinante à tous les points de vue ». Avec ce casting cinq étoiles, un sens aigu de l’esthétisme et un scénario subtil,  Retour en Alexandrie  a déjà conquis le public de festivals internationaux. Tamer Ruggli, un cinéaste sur lequel il faudra compter.

Laura Lépine

Laura Lépine

JEUDI 11 AVRIL
18h30 : Inédit


 Un été à Boujad d'Omar Mouldouira (Maroc, 2022, 1h20)
En présence d'Omar Mouldouira

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Un exil autoreverse

 

Après plusieurs courts métrages récompensés à l’international, le réalisateur Omar Mouldouira signe avec Un été à Boujad , un premier long-métrage puissant sur l’immigration à l’envers d’une famille marocaine. Un portrait dépeint à travers le regard de Karim, 13 ans, qui tente de trouver sa place dans le cœur de son père et dans ce pays qu’il ne connaît pas.

 

Eté 86 : Karim, 13 ans, quitte la France pour passer ses vacances à Boujad, au Maroc. Sept ans après la mort de sa mère, l’adolescent introverti apprend que son père Messaoud s’est remarié. Karim a désormais une belle-mère et un demi-frère. Après plus de vingt ans passés à travailler dans une usine en France, son père décide de retourner vivre dans son pays natal, le Maroc. Mais Karim peine à s’intégrer dans cette famille recomposée et dans ce pays qu’il ne connaît, lui qui est « nul en arabe », comme le lui reproche son père.

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Un frenchy en terre inconnue

 

Scolarisé au prestigieux lycée français de Casablanca, Karim se sent rejeté par les siens. Alors qu’il cherche par tous les moyens à regagner le cœur de son père, l’adolescent fait la rencontre d’un jeune marginal, Mehdi, 16 ans. Ce grand frère de substitution va lui faire découvrir la face cachée de Boujad et lui apprendre à braver les interdits.

L’arrivée de ce jeune français au Maroc est le point de départ du long-métrage Un été à Boujad , réalisé par Omar Mouldouira. Un récit initiatique puissant qui s’inspire aussi du vécu du cinéaste dont les parents sont nés à Boujad. « A travers ce film, j’ai voulu raconter une immigration à l’envers. Cette histoire, j’ai voulu la raconter du point de vue d’un adolescent qui accepte d’accompagner son père dans ce pays qu’il connaît à peine, cette langue qu’il maitrise à peine […] Il est persuadé qu’il est rejeté par son père, que son père ne l’aime plus, C’est l’histoire de ce petit frenchy qui débarque dans un nouveau pays, même si c’est son pays d’origine, dans une famille recomposée et dans ce contexte, il va essayer de regagner l’amour de son père par tous les moyens », confie le cinéaste.

 

Boujad, I love you

Après avoir abordé le thème de l’exil dans son court-métrage Messaoud (2006), Omar Mouldouira avait envie de se faire confronter deux mondes : celui d’une immigration inversée et celui de l’adolescence, une période pendant laquelle « on est un peu entre les deux, on est un peu étranger par rapport à soi-même : notre corps change, notre voix change, notre attitude ». Et pour construire ce récit initiatique, le réalisateur a choisi Boujad, comme décor et les années 80 comme temporalité. Et plus particulièrement l’été 86. Un choix qui ne doit rien au hasard : « le film se situe en 1986, si on se rappelle le contexte en France : c’est trois ans après la « marche des beurs » et il y a eu aussi la loi Pasqua où l’on encourageait les immigrés à rentrer chez eux via un chèque. Je voulais parler de cela. Boujad est la ville de mes parents, de mes grands-parents, c’était déjà le décor de mon précédent film. C’est une ville qui n’a presque pas bougé, elle est un peu bloquée dans son temps [...]On a l’impression qu’il n’y a pas de temporalité ».

Le cinéaste avoue qu’il y a beaucoup de son propre père dans le personnage de Messaoud, le chef de famille d’Un Eté à Boujad . Un ouvrier qui rentrait chaque été au Maroc dans sa « R12 chargée de cadeaux » pour toute la famille. Une habitude qui lui valait le surnom de « papa Noël de l’été », un « baba Noël », comme l’appelle Omar Mouldouira. Quelques années plus tard, l’ancien élève du Lycée Lyautey de Casablanca décroche son diplôme d’ingénieur du son à la prestigieuse école de la Fémis. Viendront ensuite quatre courts métrages multiprimés dans des festivals internationaux. Avec son premier long métrage, Un été à Boujad, Omar Mouldouira fait revivre le Maroc de son enfance et offre un beau cadeau à tous les cinéphiles. « Baba Noël » peut être fier !

Laura Lépine

21h 

Les Lueurs d'Aden d'Amr Gamal  (Yémen, 2023, 1h31)

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La lumière Yéménite

Six ans après son premier long-métrage, le cinéaste Amr Gamal confirme tous les espoirs placés en lui avec Les Lueurs d’Aden, un film coup de poing sur l’avortement au Yémen. Inspirée de fait réels, cette œuvre a été sélectionnée pour représenter le Yémen aux Oscars 2024.

 

 

« Avoir un enfant est une bénédiction. Sans moyens financiers, ça devient un malheur. » Tout le douloureux quotidien d’Ahmed et sa femme Israa est contenu dans cette conversation qu’il a avec un ami proche. Le couple vit avec leurs trois enfants dans le vieux port de la ville d’Aden au Yémen. A cause de nombreux salaires impayés, le père de famille a dû quitter son emploi dans la télévision pour devenir chauffeur. Ahmed et Israa ont déjà du mal à boucler les fins de mois dans un pays où le quotidien est rythmé par la guerre civile. Lorsque la jeune femme apprend qu’elle est enceinte, le couple doit faire face à une nouvelle crise. Ils n’ont pas les moyens financiers de garder cet enfant sans mettre en péril l’avenir de toute la famille. Le couple décide d’avoir recours à l’avortement.

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Une histoire inspirée par un couple d’amis

 

Mais une telle décision s'avère lourde de conséquences dans un pays où l’avortement est interdit. Ahmed et Israa s’engagent alors dans un véritable parcours du combattant, faisant face au poids des traditions et au regard d’une société conservatrice. C’est cette lutte acharnée que le film Les Lueurs d’Aden dépeint avec brio. Deuxième long-métrage du cinéaste Amr Gamal, ce récit traite, sans manichéisme, de l’avortement. Un sujet tabou qui s’est imposé au réalisateur il y a quelques années : « c’est inspiré de faits réels. C’est l’histoire d’un de mes couples d’amis. J’ai vu ce qu’ils ont traversé, comment ils ont souffert, lorsque qu’ils ont décidé d’avorter […] En 2015, ils ont perdu leur emploi et leur situation financière s’est empirée. La femme est tombée enceinte du quatrième : pour continuer à pouvoir élever décemment leurs trois enfants, ils ont décidé d’avoir recours à l’avortement. C’est un énorme sacrifice de ne pas faire un enfant à cause d’une situation économique […] Cette histoire est celle de deux personnes qui s’aiment et qui doivent lutter contre le poids des traditions, le regard de la société pour faire ce qu’ils pensent être le plus juste pour leurs enfants », confie Amr Gamal. Et lorsqu’il s’agit d’un chemin semé d’embûches, le cinéaste yéménite sait montrer tout autant de combativité que ses personnages inspirés par ses amis proches. Le réalisateur a mis un point d’honneur à tourner son film dans la ville où il a grandi, Aden.

 

 

Le film décrit la réalité des Yéménites

 

Si sur grand écran, Ahmed et Israa luttent contre le poids des traditions dans un pays miné par la guerre civile et la présence des islamistes, derrière les caméras aussi ce fut un parcours du combattant pour Amr Gamal et son équipe. Même si le réalisateur admet que faire un film à Aden est sans doute « plus facile que dans les autres villes yéménites », le tournage reste une épreuve : « c’est toujours difficile de faire un film au Yémen, à cause de la situation actuelle du pays et des autorités en place. Parfois vous tournez et il y a une rixe qui éclate entre deux bandes armées, ou des pannes de courant, d’essence, pas de communication téléphonique, sans parler des températures qui sont très élevées. Quand le tournage a commencé, le Yémen était en plein tourment : il a subi une inflation, il y avait régulièrement des manifestations et puis il y a eu aussi l’arrivée du Covid.  Toute une série d’évènements qui sont survenus, donc c’était très compliqué ». Pour le cinéaste, il est essentiel de rappeler que les difficultés auxquelles sont confrontées les personnages des Lueurs d’Aden décrivent la réalité de son pays : « tous ces évènements sont devenus notre quotidien. Tout ce que vous voyez dans le film arrive tous les jours aux familles yéménites […] Ce n’est pas un « collage » de tous les problèmes existants au Yémen que j’aurai voulu rassembler dans un film, c’est la réalité du quotidien ! »

 

Représenter le Yémen aux Oscars

 

Impatient de faire découvrir son deuxième long-métrage aux habitant d’Aden, Amr Gamal poursuit aussi son œuvre en tant que passeur de culture. Dans un pays où les théâtres et les cinémas ont été fermés par les islamistes à la suite de la réunification opérée entre le sud et le nord du pays, en 1990, le réalisateur est parvenu à fonder en 2005 la troupe de théâtre « Khaleej Aden ». Sa pièce Ma’k Nazel  est devenue la première pièce yéménite à être jouée en Europe. Son premier long-métrage, 10 jours avant le mariage (2018) fut le premier film exploité commercialement au Yémen depuis les trois dernières décennies. Cerise sur le gâteau : le film est choisi pour représenter le Yémen aux Oscars 2018. Avec la pugnacité qu’on lui connaît, Amr Gamal et son équipe organisent des projections du film pour les habitants d’Aden : ils louent deux salles de mariage, construisent un écran géant en bois et se servent d’un projecteur à petit prix. « Les gens sont venus en nombre : on a eu 70000 entrées et cela a duré pendant 8 mois ! Et tout l’argent a servi à louer un générateur électrique parce qu’il y avait régulièrement des coupures de courant et à payer la location des salles. C’était une expérience incroyable ! » Six ans plus tard, le deuxième long-métrage d’Amr Gamal est désigné comme candidat officielle pour représenter le Yémen aux Oscars 2024. A Aden, on va encore battre des records d’affluence !

Laura Lépine

VENDREDI 12 AVRIL
15h45 : Séance patrimoine


 Les Dupes de Tewfik Saleh (Syrie, 1972, 1h44)
En présence du critique de cinéma et écrivain Khemaies Khayati

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Ombre et lumière sur l’exil palestinien

 

En 1972, le cinéaste égyptien Tewfik Saleh réalise Les Dupes, une adaptation magistrale de la nouvelle Des hommes dans le soleil de Ghassan Kanafani. Encensée par la critique, cette œuvre raconte l’exil de trois palestiniens qui tentent de franchir clandestinement les frontières pour rejoindre le Koweït, dans l’espoir d’une vie meilleure.

 

 

Abu Quais, oléiculteur analphabète est un vieil homme dont la famille a été déplacée dans un camp de réfugiés. Assad, un jeune militant palestinien, tente d’échapper à la police jordanienne. A quinze ans, Marwan quitte l’école pour tenter de subvenir aux besoins de sa famille. Ils n’ont pas le même âge, ne sont pas de la même famille ou du même village, mais Abu, Assad et Marwan sont trois hommes unis par le même rêve : quitter leur Palestine natale pour espérer une vie meilleure au Koweït, leur « terre promise ». Abul Khaizuran, un passeur va alors convaincre ces compagnons d’infortune de tenter la traversée des frontières, cachés dans son camion-citerne. A travers le désert, Abu, Assad et Marwan embarquent pour ce voyage au périple de leurs vies pour une poignée de dinars. Pour échapper aux autorités irakiennes et koweïtiennes, les trois hommes doivent se cacher à l’intérieur du réservoir d’eau en métal. Une citerne qui, sous l’effet de la chaleur, se transforme en une fournaise. Mais Abu, Assad et Marwan sont prêts à risquer leurs vies pour s’offrir un avenir meilleur au Koweït.

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Une métaphore du sort des Palestiniens

 

C’est ce périple de Palestiniens décidés à fuir la misère que le film Les Dupes  retrace avec brio. Signée par le réalisateur égyptien Tewfik Saleh, cette œuvre de fiction en noir et blanc est une adaptation de la nouvelle  Des hommes dans le soleil  de Ghassan Kanafani. Publié en 1962 et traduit en plusieurs langues, ce roman a fait la renommée internationale de son auteur. Dix ans après son édition, son adaptation sur grand écran marque aussi l’histoire du cinéma arabe. En alliant images d’archives montrant la « Nakba », l’exode des Palestinens en 1948, des séquences avec des images de monarques et de dirigeants arabes lors de diverses négociations et des scènes où l’on voit les trois personnages principaux lutter pour leur survie, Tewfik Saleh signe une œuvre hautement politique, en dénonçant certains gouvernements arabes. Ce jeu de « Dupes » est en fait un jeu de massacre dans lequel les puissants regardent leurs peuples mourir de faim et de soif dans ce désert étouffant. Comme une métaphore du sort du peuple palestinien, contraint à l’exil à partir de 1948.

Refusant les interdits que la censure égyptienne lui a imposée, Tewfik Saleh s’est installé en Irak et a tourné  Les Dupes en Syrie. Passeur de talent, enseignant la réalisation aux jeunes cinéastes, il a porté́ à un niveau jamais égalé l’adaptation cinématographique des plus grands romans de la littérature arabe. Récemment restauré par le World Cinema Project de la Film Foundation, la Cineteca de Bologna, l’Organisation nationale syrienne du cinéma et la famille du cinéaste,  Les Dupes, s’offre une nouvelle jeunesse. Récompensé par le Tanit d’Or aux Journées cinématographiques de Carthage, mais interdit par de nombreux États arabes, ce récit poignant fait escale au festival Cinémas du Sud. Un bijou du cinéma arabe à ne pas manquer !

 

Laura Lépine

18h30 : Inédit

 Goodnight Soldier de Hiner Saleem (Kurdistan, 2022, 1h37)
En présence de Hiner Saleem

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Shakespeare in Love au Kurdistan 

Récompensé à la Mostra pour Vodka Lemon et sélectionné au festival de Cannes pour My Sweet Pepperland, le cinéaste Hiner Saleem est le chouchou des festivals internationaux. Et avec son douzième long métrage Goodnight Soldier, la cote du réalisateur kurde auprès des cinéphiles ne risque pas de retomber. Attention, pépite !

 

 

C’est l’histoire d’un jeune homme qui aime une femme. Mais voilà, leurs familles se déchirent depuis des décennies. Une haine ancestrale qui met à rude épreuve le lien qui unit les deux amoureux. Cela vous rappelle peut-être le destin d’un certain Roméo et de sa Juliette ? Mais ici, il n’est pas question des Montaigu ou des Capulet. L’intrigue se déroule dans un village du Kurdistan irakien et les héros s’appellent Ziné et Avdal. Follement amoureux depuis plusieurs années, ils ont un rêve : se marier. Lorsque leurs familles découvrent que Ziné et Avdal sont en couple depuis plusieurs années, la guerre est déclarée. A coup de négociations, de duel en SUV, les deux clans vont s’écharper pour que leurs enfants renoncent à leur amour.

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Arme de séduction massive

 

Ziné est convaincue que la force de leur amour peut résister à tout mais Avdal, ancien soldat, doit repartir au front. Blessé au combat par une balle de Daech, le jeune homme rentre au village. Dévasté par les séquelles physiques et mentales que la guerre lui a laissées, persuadé qu’il n’a plus rien à offrir à la jeune femme, Avdal décide de mettre fin à sa relation avec Ziné. Pendant que leurs familles continuent à se déchirer, le jeune homme apprend qu’il va devoir retourner au front. Au-delà de son amour pour Ziné, c’est désormais la vie d’Avdal qui est en jeu.

C’est cette histoire d’amours aux résonances shakespeariennes que le cinéaste Hiner Saleem net en lumière dans son film Goodnight Soldier. Un récit poignant sur une histoire d’amour menacée par des conflits familiaux. Non sans humour, le réalisateur kurde insuffle toute sa conviction et sa force aux deux héros, Ziné et Avdal. Contre vents et marées, ces deux personnages principaux interprétés respectivement par Dilin Döğer et Galyar Nerway, se battent contre leurs familles, les préjugés et les traumatismes laissés par la guerre sur le corps et dans la tête du jeune soldat. L’amour, comme dernier rempart face à la cruauté du monde et contre toutes les formes d’extrémismes.

 

De la Mostra à Cannes

Un thème qui traverse toute l’œuvre du cinéaste kurde Hiner Saleem : du sexagénaire qui retrouve l’amour au cimetière dans Vodka Lemon (2003) à la quête de prétendantes d’un réfugié politique vivant à Paris dans Vive la mariée... et la libération du Kurdistan (1998), premier long-métrage du réalisateur. Et ce romantisme mené avec subtilité et non sans humour réussit à Hiner Saleem puisqu’il a remporté le Prix San Marco à la Mostra de Venise et le Grand Prix Festival international du film d'amour de Mons pour Vodka Lemon, ainsi que le Prix de la jeunesse au Festival du Film romantique de Cabourg pour My Sweet Pepperland (2013). Le réalisateur kurde est aussi un habitué du festival de Cannes où il a présenté en sélection officielle  Kilomètre zéro (2005) puis My Sweet Pepperland dans la section Un Certain regard. Avec Goodnight soldier, les récompenses et preuves d’amour n’ont pas fini de pleuvoir pour Hiner Saleem. 

 

Laura Lépine

21h : AVANT-PREMIERE

 Six pieds sur terre de Karim Bensalah (Algérie, 2022, 1h36)
En présence de Karim Bensalah

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Algérie : à la vie, à la mort

 

Distingué pour ses courts métrages, le cinéaste algérien Karim Bensalah présente au festival son premier long-métrage Six pieds sur terre. Un récit poignant sur le parcours initiatique d’un jeune algérien travaillant dans les pompes funèbres musulmanes. Un sujet tabou que le réalisateur traite avec finesse et pudeur.

 

Fils d’un ancien diplomate algérien, Sofiane rêve de New York et de ses anciens voyages. Installé à Lyon pour suivre ses études, le jeune homme mène une vie paisible. Mais le doux rêveur va être brutalement ramené à la réalité. Sous la menace d’une expulsion à la suite d’une décision administrative, Sofiane doit trouver un travail pour régulariser sa situation. Dans l’espoir de rester en France, il accepte un emploi dans les pompes funèbres musulmanes. Les rituels du lavage des corps des défunts deviennent son quotidien. Une réalité dure à affronter pour cet étudiant encore immature.

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Une chorégraphie de la mort

 

Au fil des rencontres, le jeune homme passe peu à peu à l’âge adulte. Un parcours initiatique, comme une renaissance pour celui qui côtoie chaque jour la mort. C’est cette quête d’identité amorcée par le contact avec les corps défunts que le cinéaste Karim Bensalah met en scène dans Six pieds sur terre, son premier long-métrage.  Un thème difficile que le réalisateur algérien traite avec beaucoup de subtilité et de pudeur. « La mort est un sujet qui revient souvent dans ce que j’écris. Là, c’est la première fois que j’aborde ce sujet de manière aussi frontale, en m’intéressant au rituel. Je ne suis pas religieux mais je suis fasciné par la relation de l’islam à la mort. L’humilité et la reconnaissance de la finitude, ce retour du corps qui fait partie du cycle de la terre, je trouve cela très beau […] Dans les rituels effectués sur ces corps, il y a cette gestuelle que je trouve très codifiée, c’est pour moi presque une chorégraphie. J’ai voulu filmer cette chorégraphie-là », confie le cinéaste. Pour ce premier long-métrage, l’objectif de Karim Bensalah était de «rendre visible cette question de la mort qui est de plus en plus invisible dans nos sociétés modernes, mais sans créer de frayeur ».

 

Leçon 1 : l’humilité

 

Et c’est au contact des défunts que le jeune Sofiane, héros de Six pieds sur terre, va progressivement s’interroger sur son identité et passer à l’âge adulte. Un parcours initiatique qui est amorcé aussi avec la rencontre de cet étudiant avec « El hadj », qui lui apprend ces rituels importants dans la religion musulmane. Pour son maître, tout commence par une leçon d’humilité : « Celui qui est sale, c’est celui qui juge les gens, qu’ils soient morts ou vivants ». Un message de respect que ce personnage livre au jeune homme qui est, dans un premier temps, aveuglé par ses préjugés sur la mort et la religion. Pour Karim Bensalah, il était primordial que ce sujet tabou soit traité avec pudeur : « Evidemment je crois qu’il y a autant de façons de laver le corps d’un défunt que de laveurs, mais je voulais que le personnage d’El Hadj ait un regard généreux et c’est ce qu’il transmet à Sofiane. Ce qui était important pour moi à travers ça, c’était de travailler la question de la pudeur, qui est essentielle dans la religion musulmane, c’est d’ailleurs pour cela que je ne montre jamais les visages des morts dans le film ». Un récit tout en délicatesse et en sensualité qui a déjà séduit plusieurs festivals. Sélectionné au festival Cinemed de Montpellier, Six pieds sur terre  a aussi été présenté au festival  Premier Plans  d’Angers et au festival du Premier film d’Annonay. Tout comme son personnage de Sofiane, Karim Bensalah fera escale à Lyon pour faire découvrir Six pieds sur terre  au public de Cinémas du Sud.

Laura Lépine

SAMEDI 13 AVRIL
15h : Inédit


 L'Île du pardon de Ridha Béhi (Tunisie, 2022, 1h30)
En présence de Ridha Béhi

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Le pardon, valeur Cardinale

Sélectionné au festival de Cannes dès ses premiers longs métrages, le cinéaste Ridha Béhi présentera à Lyon L’Île du pardon. Un récit émouvant sur le retour d’un écrivain tunisien dans sa ville natale de Djerba. Au casting de ce bijou tunisien, l’immense Claudia Cardinale.

 

Andrea Licari est un écrivain accompli. Tunisien d’origine italienne, le sexagénaire est devenu professeur à l’université de Rome. Ce quotidien paisible va être bousculé à l’annonce d’une terrible nouvelle : sa mère vient de mourir. Andrea doit faire face à l’épreuve la plus difficile de sa vie. Pour respecter les dernières volontés de sa mère, Andrea s’apprête à retourner sur l’île de Djerba où il a grandi. Il doit y disperser les cendres de sa mère. Un voyage qui fait remonter à la surface certains souvenirs douloureux. Andrea doit affronter ses démons afin de trouver la paix et pardonner à ceux qui ont hanté toute son existence.

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Djerba m’a donné la foi

Aux conflits intérieurs de l’écrivain, s’ajoute le poids de la religion. Autant d’épreuves qu’il devra affronter pour honorer la mémoire de sa mère et faire la paix avec son passé. C’est ce chemin de croix qu’Andrea devra emprunter pour se libérer du poids de son enfance. Une quête de liberté mise en lumière dans LÎle du pardon, neuvième long-métrage de Ridha Béhi. Dans cette œuvre, le cinéaste explore la question de la cohabitation entre les différentes communautés dans la Tunisie des années 50. Le conflit entre les religions est au centre du récit : d’un plan sur le visage d’un personnage transformé en Jésus couronné d’épines aux offensives de la part d’un cheikh musulman pour convertir le père d’Andrea. Le titre du film serait d’ailleurs inspiré de L'Épître du pardon, œuvre satirique du onzième siècle écrite par le poète arabe Abû-l-Alâ' Al-Ma'arrî. Pas étonnant, que dans le long-métrage de Ridha Béhi, il soit question de la religion, dans son essence, comme dans le sens de ses pratiques. Eclairé par la lumière de Djerba, la Douce, le cinéaste revisite la Tunisie des années 50, celle de son enfance. Lui qui est né à Kairouan, souvent désignée comme la première ville sainte du Maghreb.

 

Claudia Cardinale au casting

 

Mais c’est avant tout pour prôner la tolérance que Ridha Béhi met en lumière cet écrivain revenant sur ces terres natales pour trouver la paix. Comme une tribune pour la cohabitation des communautés qui traverse tous les films du réalisateur tunisien. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes dès son premier long-métrage, Soleil des hyènes (1977), Ridha Béhi a bâti une œuvre cinématographique caractérisée par un regard affûté sur notre société. En mettant un point d’honneur à lutter contre les préjugés et toute forme d’obscurantisme. L’Île du pardon en est, une fois de plus la preuve. Le héros du film, Andrea revient à Djerba, la ville de son enfance. Pour ce voyage initiatique, les spectateurs auront le plaisir de retrouver la mythique Claudia Cardinale qui prête ses traits au personnage d’Agostina. Embarquement immédiat !

 

Laura Lépine

17h30 : PREMIÈRE FRANÇAISE

 The Teacher de Farah Nabulsi (Palestine, 2023, 1h58)
En présence du chef opérateur Gilles Porte

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En terre occupée

Quatre ans après sa nomination aux Oscars pour le court-métrage The present, la cinéaste Farah Nabulsi revient avec un premier long-métrage percutant sur le quotidien des Palestiniens en zone occupée. Un bijou de réalisme dans lequel brille l’immense acteur Saleh Bakri qui partageait l’affiche de Costa Brava Lebanon, avec notre marraine, Nadine Labaki. A ne pas manquer !

Basem est un professeur d’anglais dans un lycée. Il vit en Palestine, en territoire occupé. Véritable mentor pour ses élèves, il prend sous son aile le jeune Adam. En plein tourment familial, Basem tente de concilier son engagement risqué dans la résistance politique et son rôle de figure paternelle pour Adam. L’adolescent retrouve alors son frère, Yusuf, fraîchement libéré de prison, après avoir été condamné pour sa participation à une manifestation anti-israélienne. Quelques jours plus tard, la maison des deux frères est démolie par les autorités en place. Au même moment, un riche avocat américain est à la recherche de son fils, un soldat israélien détenu par un groupe de résistance palestinien. Au cours de ses engagements, Basem fait la connaissance de Lisa, volontaire britannique dans une ONG. Une rencontre qui va peut-être changer la vie du professeur…Autant de destins et d’événements qui s’entrechoquent dans cette Palestine occupée où la violence est quotidienne.

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Un film inspiré de faits réels

 

Chacun tente de lutter pour survivre et défendre les siens. C’est ce combat permanent qui est le fil conducteur du film The Teacher, premier long-métrage de la cinéaste anglo-palestienne Farah Nabulsi. Une œuvre puissante explorant le quotidien des palestiniens en zone occupée : « Mes expériences de voyage en Palestine occupée et colonisée ces dernières années m'ont ouvert les yeux sur l'injustice et la discrimination qui y règnent, et sur comment cela est institutionnalisé. Je voulais vraiment être spécifique et raconter l'histoire plus intime d'une personne vivant cette réalité : explorer son quotidien, ses expériences et les émotions qui poussent une personne à faire certains choix et à prendre certaines décisions, contrainte par cette dure réalité », confie la cinéaste. Au plus près de la vérité des Palestiniens, The Teacher dépeint à la fois l’abus de pouvoir systémique et individuel dont les personnages sont victimes. Mais sans jamais tomber dans le manichéisme ou la victimisation. Ses personnages sont des combattants, à l’image de Basem, engagé dans la résistance politique et qui s’efforce de protéger son élève pour un avenir meilleur. Pour écrire le scénario de The Teacher, Farah Nabulsi s’est inspiré du quotidien des Palestiniens en zone occupée : « j'ai rencontré et eu de nombreuses conversations avec des Palestiniens qui ont fait l'expérience directe d'un grand nombre de choses absurdes et cruelles. Ces expériences ont également nourri le scénario. Par exemple, le fait que les autorités israéliennes et les colons israéliens ont déraciné ou brûlé plus d'un million d'oliviers palestiniens depuis 1967 (quelque 12 000 rien que l'année dernière) et démoli plus de 50 000 maisons et structures palestiniennes, y compris des écoles et des installations d'eau, laissant des centaines de milliers de personnes sans abri. » Et cette dure réalité, l’équipe du tournage en a été témoin à plusieurs reprises.

Une explosion à quelques kilomètres du tournage

Filmé en partie dans la ville de Naplouse en Palestine, The Teacher a été aussi un « défi mental et émotionnel » pour sa réalisatrice, mais pas seulement : « lorsque l'on tourne en Palestine, on est également confronté à la colonisation et à l'occupation militaire qui se déroulent en temps réel tout autour de soi, comme les checkpoints aléatoires mis en place par l'armée israélienne ou la fermeture de certaines routes, ce qui perturbe énormément la réalisation du film. Un matin, alors que je me rendais sur le plateau de tournage, j’ai vu toute une famille debout sur le bord de la route devant les décombres de leur maison qui venait d'être démolie quelques heures plus tôt (là encore, un fait dépeint dans le film). Un autre jour, des militaires ont fait exploser une maison à environ deux kilomètres de l'endroit où nous venions de tourner quelques heures auparavant. » Un combat de chaque instant, à l’images des personnages du film  The Teacher . 

 

Présenté en avant-première au prestigieux festival international du film de Toronto (TIFF), ce bijou signé Farah Nabulsi a déjà récolté une cinquantaine de prix. Une farandole de récompenses qui viennent conforter tous les espoirs placés en cette cinéaste, nommée au Oscars pour son court-métrage The Present. Avec une mise en scène affûtée, un récit puissant et un casting impeccable (le magistral Saleh Bakri prête ses traits au personnage de Basem), The Teacher  n’a pas fini de remporter des prix ! 

 

Laura Lépine

20h30 

 Dirty, Difficult, Dangerous de Wissam Charaf (Liban, 2021, 1h25)
En présence de l'actrice Clara Couturet

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Liban : les Corps étrangers

 

Deuxième long-métrage de Wissam Charaf, Dirty, Difficult, Dangerous ne laissera aucun cinéphile de marbre. Ce récit aussi poétique que lumineux raconte l’histoire d’amour entre un réfugié syrien et une femme de ménage éthiopienne dans un quartier bourgeois de Beyrouth. Une rencontre, à priori impossible, que le réalisateur-journaliste sublime à chaque plan.

 

Ahmed est un réfugié syrien qui tente de survivre en récupérant du métal dans les rues de Beyrouth. Mehdia est une femme de ménage éthiopienne qui travaille dans un quartier bourgeois de Beyrouth. Sur le papier, rien ne semble les unir. « Fer, cuivre, batteries » : lorsque le jeune homme scande ses mots sous le balcon des employeurs de Mehdia, leurs destins va basculer. Elle est immédiatement attirée par le regard électrisant d’Ahmed. Entre ces deux réfugiés sentimentaux, c’est le coup de foudre. Quelques temps après leur rencontre, Ahmed tombe malade. Son médecin « n’a jamais rien vu de tel », le jeune syrien est atteint d’une pathologie étrange : son corps est plein de métal, une partie de son bras commence à se métalliser. Mais quel est ce mal mystérieux qui ronge ce survivant de la guerre en Syrie ? Chez Ahmed, le métal est omniprésent : dans son regard bleu acier, dans les éclats d’obus qui ont marqué son corps, dans les batteries et le cuivre qui lui permettent de survivre au Liban.

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Les amants métalliques

Ahmed et Mehdia, les héros du film Dirty, Difficult, Dangerous de Wissam Charaf sont comme aimantés l’un à l’autre. Le métal, comme un fil conducteur qui ne doit rien au hasard : « Le personnage masculin (Ahmed) a une maladie qui transforme son corps en métal. C’est une métaphore des victimes de la guerre. Ayant vécu la guerre au Liban et ayant été témoin de plusieurs autres guerres en tant que journaliste, ma conclusion est que la guerre corrompt les gens, cela gangrène toute la société, notamment les victimes. […] Cette idée de la métaphore vient aussi d’une chose très personnelle : enfant au Liban, j’ai vécu la guerre : à neuf ans, j’ai été blessé par une grenade : même aujourd’hui, mon corps contient encore du métal », confie le cinéaste. Pour interpréter ces amants « métalliques » le réalisateur libanais a pu compter sur le talent deux jeunes comédiens : Clara Couturet et Ziad Jallad. Un duo qui a d’emblée séduit Wissam Charaf.

 

Une histoire d’amour primée à la Mostra

 

L’idée de cette histoire d’amour à priori impossible a germé dans l’esprit du réalisateur-journaliste en voyant dans son quartier « bourgeois » de Beyrouth deux réalités renvoyées comme un effet miroir : celle des réfugiés syriens et celle des travailleurs éthiopiens. Pour Wissam Charaf, il était impératif de décrire cette réalité, « sans tomber dans le misérabilisme et exploiter la souffrance des gens. […] Je voulais faire quelque chose de plus ambitieux que cela, alors je me suis demandé quel pourrait être le lien entre ces deux marginaux, ces deux personnes porteuses de souffrance et j’ai pensé qu’une histoire d’amour les unissant serait le plus intéressant. […] Pour moi, l’idée la plus importante était de « réhumaniser » ces personnes à travers cette histoire d’amour. […] Les personnages sont très courageux, ce sont des combattants mais ils sont aussi fragiles : physiquement et dans leurs yeux. Je voulais aussi trouver le mélange entre tout cela, cette dualité que l’on retrouve aussi dans ce récit. Ce n’est jamais frontal, il n’y a pas le drame d’un côté et la comédie de l’autre ; la force ou la fragilité, j’essaie toujours de trouver l’équilibre entre les deux, c’est une chose très orientale je crois ! » Pari réussi pour le cinéaste-funambule libanais : Dirty, Difficult, Dangerous a déjà séduit de nombreux spectateurs dans les festivals internationaux. Ce petit bijou a d’ailleurs décroché le prix Europa Cinemas lors de la Mostra de Venise 2022. Avec tous les trophées qu’ils l’attendent pour ce second long-métrage, Wissam Charaf n’a pas fini de toucher du métal !

 

Laura Lépine

DIMANCHE 14 AVRIL
16h : AVANT-PREMIÈRE


 La Mer et ses vagues de Liana et Renaud (Liban, 2023, 1h25)
En présence de Renaud

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Beyrouth, un phare dans la nuit

Entre conte, comédie musicale et récit fantastique, La Mer et ses vagues de Liana et Renaud  a tout pour attirer les cinéphiles. En mélangeant les genres, les deux cinéastes plongent le spectateur dans un rêve éveillé, pour mieux décrire la réalité et tous les paradoxes de la ville de Beyrouth. Une œuvre présentée en avant-première au cinéma Le Zola.

 

Une nuit de pleine lune à Beyrouth. Najwa et son frère Mansour suivent un passeur pour rejoindre une mystérieuse femme, de l’autre côté de la Méditerranée. La traversée s’annonce périlleuse, mais le duo est décidé à prendre la mer, quoiqu’il arrive. Au cœur de la ville, un phare s’éteint. Son gardien, Sélim, tente par tous les moyens de le réparer pour éclairer la cité et ses mystères. Des chants surgissent : mais d’où viennent-ils ? Entre ombre et lumière, au rythme de ces personnages, Beyrouth présente mille visages. Est-ce que les habitants sont plongés dans un rêve ou est-ce qu’ils se débattent pour survivre en plein cauchemar ? Une chose est sûre : le temps semble parfois s’arrêter dans la capitale libanaise. C’est ce voyage métaphorique auquel le spectateur est convié en regardant le film  La Mer et ses vagues de Liana et Renaud.

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Un rêve libanais

Un premier long-métrage qui empreinte les codes du fantastique et de la comédie musicale pour embarquer le public dans un conte métaphorique sur Beyrouth. Une ville dans laquelle des personnages mystérieux chantent, éclairent, crient et résistent. Un jeu onirique pour évoquer tous les paradoxes de la capitale libanaise.  C’est une originalité de l’architecture beyrouthine qui a guidé le duo de cinéastes dans l’écriture du scénario : « La Mer et ses vagues est né d’une découverte particulièrement loufoque : dans un quartier de Beyrouth se trouve au milieu des gratte-ciels, un phare abandonné. En entrant à l’intérieur nous y avons rencontré son gardien. Un gardien de phare toujours payé par l’état libanais pour garder un phare qui ne garde plus rien… La réalité dépasse parfois la fiction en termes d’invraisemblance ! A cela s’est greffé notre intérêt pour les légendes, les mythes et notre amour pour la Méditerranée ». Pour Liana et Renaud, le mélange des genres permet de conserver et de revenir « à la base créative de ce qu’est le cinéma : des images en mouvement ». En alliant jeu de lumière, scènes chantées et évocation du surnaturel, les réalisateurs embarquent le spectateur dans un conte empreint de poésie. Mais sans jamais oublier de décrire la réalité de Beyrouth, ville défigurée par les explosions survenues le 4 août 2020. Il est question aussi du sort des migrants, à travers les personnages Najwa et son frère Mansour qui entament une traversée de la Méditerranée au péril de leur vie.

 

Un film tourné en argentique

 

Défendant un cinéma indépendant, à petit budget mais toujours avec une force de créativité, Liana et Renaud ont fait le choix de tourner en argentique ce conte libanais : « c’est notre première caméra, c’est vrai qu’elle occupe une place très importante. C’est l’aboutissement d’années de technique et de maîtrise. Et puis sur le plateau, l’équipe est assez jeune. Il y a une fascination pour cet objet, car tous n’ont pas forcément déjà travaillé avec. Quand le silence se fait et qu’on entend ce petit bruit de défilement de pellicule, quelque chose de magique s’opère. Ça fait aussi partie de l’âme du film ». Au-delà de l’esthétisme de l’argentique, l’organisation du tournage marque aussi leur engagement à défendre et à envisager ce cinéma, comme un artisanat : « ce film représente un double combat pour nous. D’abord celui de prouver qu’on peut toujours faire des beaux films avec des budgets et des équipes très restreints, 1 caméra, 1 ingénieur son et deux visages ! On a toujours eu en horreur cette folie des grandeurs du milieu cinématographique qui conduit bien souvent à faire des films convenus avec 50 personnes et 20 millions d’euros. Notre second combat est le mélange des genres ». Une démarche saluée par le collectif de cinéaste ACID qui a choisi de soutenir et d’accompagner ce film. Dans la nuit lyonnaise, le public pourra compter sur les lumières du cinéma Le Zola pour le guider vers  La Mer et ses vagues.

Laura Lépine

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