• Facebook - Grey Circle
  • Instagram - Grey Circle
  • Twitter - Gris Cercle
  • LinkedIn - Gris Cercle
Festival Cinémas du Sud - Edition 2019

Amra and the Second Marriage

 

Satire à la sauce saoudienne

OUVERTURE 

MERCREDI 10 AVRIL A 20H

 

L’Arabie Saoudite fait une entrée fracassante au 19e Festival Cinémas du Sud avec la comédie noire Amra and the Second Marriage réalisée par Mahmoud Sabbagh. Il y a trois ans, le cinéaste avait récolté tous les suffrages avec son premier film, Barakah meets Barakah.

Visuel tiré du film Amra and the Second Marriage de Mahmoud Sabbagh

Un mariage pour lancer les festivités ! C’est l’un des films les plus attendus de cette 19e édition : Amra and the Second Marriage fera l’ouverture du festival Cinémas du Sud. Un événement à plus d’un titre : d’abord parce qu’il est le deuxième film saoudien sélectionné au festival lyonnais. Mais aussi parce qu’il marque le retour du réalisateur Mahmoud Sabbagh, trois ans après la sortie de son premier long-métrage, Barakah Meets Barakah, présenté à la Berlinale. Cette comédie noire sur fond de satire sociale avait d’ailleurs été sélectionnée comme la candidature saoudienne du meilleur film en langue étrangère aux Oscars. Autant dire que le deuxième film du jeune saoudien était très attendu.

Et une de fois de plus, Mahmoud Sabbagh s’attaque au patriarcat et à l’oppression religieuse avec un sens de l’humour redoutable.  Amra and the Second Marriage raconte l’histoire d’Amra, mère au foyer de 44 ans. Elle découvre que son mari envisage d’avoir une deuxième épouse, plus jeune. La quadragénaire est donc face à un dilemme : accepter ou se battre contre cette décision.

 

Mahmoud Sabbagh, fan des Frères Coen

Dans une interview accordée en octobre dernier au magazine Hollywood Reporter, le réalisateur revient sur les thèmes centraux du film : « Je voulais aborder la question des droits des femmes, mais pas seulement : le film traite aussi du patriarcat, de la misogynie, de cette société culpabilisante et stigmatisante, notamment pour les femmes au foyer et ce qu’elles doivent affronter lorsqu’elles décident de divorcer ». Le cinéaste renoue ainsi avec la comédie noire pour mieux tordre le cou aux clichés, avec une ambition affichée « de parler d’un sujet sombre, mais de façon lumineuse ».

Et pour pimenter cette satire sociale, Mahmoud Sabbagh utilise un ingrédient majeur : un humour grinçant tout droit inspiré de l’univers des Frères Coen : « C’est l’une des mes références. Pour l’écriture du film, je me suis demandé ce qu’ils auraient fait de ce personnage de mère au foyer saoudienne quadragénaire. C’est en pensant à cela que j’ai écrit toutes les scènes ». Une référence aux frangins américains que n’a pas manqué de relever Stephen Dalton, journaliste du magazine Hollywood Reporter : Amra and the Second Marriage est une satire sociale aiguë avec un humour irrévérencieux sur des sujets potentiellement litigieux comme le voile niqab, l’égalité des sexes, l’hypocrisie religieuse, la violence domestique. Imaginez The Handmaid’s Tale revue par les Frères Coen ! » Un cocktail détonnant pour ouvrir le bal de festivités !

Cliquer ici pour lire l'interview de Mahmoud Sabbah, réalisateur du film AMRA AND THE SECOND MARRIAGE

 

5 choses à savoir sur Mahmoud Sabbagh !

 

Il est né en 1983 à Jeddah en Arabie Saoudite. Il a obtenu son diplôme de réalisateur à la prestigieuse université de Columbia à New York. En 2015, il a fondé « El-housh Productions », première société de production de films indépendants implantée à Jeddah. Son premier film Barakah Meets Barakah sorti en 2016 a été présenté en lors du Festival du film international de Berlin, appelé aussi la Berlinale. Il travaille actuellement sur son troisième long-métrage, qui sera aussi une comédie. 

Laura Lépine

Le jour où j'ai perdu mon ombre

 

Pépite syrienne

JEUDI 11 AVRIL A 18H45

Réalisatrice de documentaires auréolés de prix internationaux, la Syrienne Soudade Kaadan signe avec brio son passage à la fiction avec le long-métrage Le jour où j’ai perdu mon ombre. Un récit captivant qui oscille entre conte et réalité d’un pays en guerre.

Visuel tiré du film Le jour où j'ai perdu mon ombre de Soudade Kaadan

« Le film a été écrit dans un pays où l’idée même du lendemain est inimaginable. L’idée d’un lendemain en Syrie est devenue un luxe ». Auteure de nombreux documentaires sur le quotidien des Syriens, la cinéaste Soudade Kaadan a réalisé en 2018 son premier long-métrage de fiction intitulé « Le jour où j’ai perdu mon ombre ». Mais chez la cinéaste syrienne née en France, la réalité n’est jamais très loin de la fiction. Cuisiner des repas chauds à son enfant est un geste banal. Sauf lorsque l’on vit dans un pays en guerre. A la recherche d’une bonbonne de gaz pour nourrir son fils, Sana se retrouve bloquée dans une zone assiégée des environs de Damas où elles découvrent que des gens perdent leur ombre. « Le jour où j’ai perdu mon ombre » convoque le rêve et l’illusion pour mieux dépeindre le traumatisme lié à la guerre civile qui frappe la Syrie depuis 2011.

 

Récompensé à la Mostra de Venise

 

Pour Soudade Kaadan, l’emploi de la fiction et de la métaphore de l’ombre a été salvateur pour écrire sur le quotidien des habitants en période de conflit armé : « Je voulais faire un documentaire sur ce qui se passait, mais à ce moment précis, j’étais incapable de filmer », confie la cinéaste lors d’une interview accordée à Cineuropa. « Je me suis mise à regarder comment d’autres artistes avaient écrit, filmé et peint la guerre et j’ai trouvé des images d’Hiroshima au lendemain du jour où la bombe nucléaire a non seulement détruit la ville, mais aussi brûlé les gens pour en faire des ombres. A ce moment-là je me suis dit : « je ressens la même chose par rapport à Damas. C’est ça qui est en train de se passer : nous marchons, mais sans ombre derrière nous ».

Sans jamais tomber dans le pathos et les stéréotypes, Soudade Kaadan signe une fiction puissante, déjà récompensée à la Mostra de Venise par le Lion du futur « Luigi de Laurentiis » du meilleur premier long-métrage. Une réalisatrice à suivre…comme son ombre.

Soudade Kaadan rafle la mise à Sundance !

 

Récompensée dans de nombreux festivals internationaux pour ses documentaires, la réalisatrice syrienne née en France Soudade Kaadan, a décroché en 2019 le Grand Prix du Jury au 35e Festival de Sundance pour son court-métrage Aziza. Une comédie noire sur le thème des réfugiés syriens, co-écrite avec May Hayek. Un beau cadeau pour la cinéaste qui fêtera ses 40 ans cette année !

Laura Lépine

Une vie suspendue

 

Jocelyne Saab, l'insoumise

JEUDI 11 AVRIL A 21H00

Le Festival Cinémas du Sud consacre une séance spéciale en hommage à la réalisatrice libanaise Jocelyne Saab, décédée le 7 janvier 2018. Son premier long-métrage de fiction, « Une vie suspendue » sera projeté à cette occasion.

Visuel tiré du film Une vie suspendue de Jocelyne Saab

Tour à tour reporter de guerre, cinéaste, plasticienne, Jocelyne Saab a fait de sa vie un combat. Engagée aux côtés des plus démunis, la réalisatrice libanaise a parcouru le monde et les époques, caméra au poing, pour dénoncer le fondamentalisme et donner la parole aux populations meurtries par la guerre. Née à Beyrouth en 1948, Saab, l’intrépide entame une carrière de journaliste dans les années 70 aux côtés de la poétesse américano-libanaise Etel Adnan, qui l’embauche au journal as-Safa. Devenue reporter de guerre pour plusieurs chaînes de télévision internationales, elle couvre notamment la guerre d’Octobre en Egypte, les conflits en Irak et en Iran.

Lorsque la guerre civile éclate au Liban en 1975, Jocelyne Saab se lance dans la réalisation de documentaires. Une façon pour cette observatrice téméraire de dénoncer la violence dans laquelle bascule son pays. Avec Beyrouth, jamais plus (1976), Lettre de Beyrouth (1978), Beyrouth, ma ville (1982), Jocelyne Saab signe un triptyque sans concession au style audacieux. Une œuvre majeure pour comprendre le conflit qui a agité le Liban pendant quinze ans : « Jocelyne a saisi d'instinct, grâce à son courage politique, son intégrité morale, et sa profonde intelligence, l'essence même de ce conflit. Aucun document sur cette guerre n'a jamais égalé l'importance du travail cinématographique que Jocelyne a présenté dans les trois films qu'elle a consacrés au Liban », raconte l’auteure américano-libanaise Etel Adnan.

« Me battre pour défendre ce en quoi je croyais »

Jocelyne Saab réalise plus d’une trentaine de documentaires sur les conflits au Moyen-Orient. Pionnière du « nouveau cinéma libanais » dans les années 70, la cinéaste tourne en 1984 son premier long-métrage de fiction intitulé Une vie suspendue. Sorti également sous le titre Adolescente sucre d’amour, le film raconte l’histoire d’amour entre Samar, une jeune libanaise exilée à Beyrouth pendant l’occupation du sud du Liban par les troupes israéliennes et Karim, un artiste à la double appartenance culturelle. Sélectionné au Festival de Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs, Une vie suspendue marque un tournant dans la carrière de la cinéaste Libanaise : « je voulais avancer, travailler l’image autrement », confiait-elle au sujet de son passage à la fiction.

Vingt ans plus tard, sort Dunia une comédie dramatique dans laquelle Jocelyne Saab dénonce l’excision, une pratique répandue en Egypte. Tournée au Caire, le film fait scandale et vaut à la cinéaste des menaces de mort des fondamentalistes. Censuré en Egypte, Dunia est salué dans le monde entier, notamment à Sundance où il reçoit le Grand Prix du Jury. Marquée à vie par l’interdiction du film en Egypte, la cinéaste ne renonce pas pour autant à la fiction et signe en 2009 What’s going on ?, véritable déclaration d’amour à son pays natal. En 2013, elle crée au Liban le Festival International du Film de Résistance Culturelle. Avant de réaliser en 2016 ce qui sera son dernier documentaire, One Dollar a Day consacré au quotidien des réfugiés syriens. Malgré les tempêtes, la cinéaste humaniste a toujours su garder le cap : « Je crois que ce qui fait la spécificité de mon parcours est que j’ai toujours voulu rester cohérente ; je suis toujours restée prête à me battre pour défendre ce en quoi je croyais, pour montrer et analyser ce Proche-Orient en pleine mutation qui me passionnait ».

Jocelyne Saab, l’insoumise, laisse à sa mort une œuvre immense et fondamentale pour l’histoire des êtres humains et celle du cinéma. Comme un pied de nez à toutes formes d’extrémismes.

Les 1001 vies de Jocelyne Saab

Jocelyne Saab a débuté sa carrière en tant que reporter de guerre au journal as-Safa. Auteure d’une trentaine de documentaires consacrés aux conflits qui agitent le Moyen-Orient, elle passe à la fiction en 1985 avec Une vie suspendue. Au début des années 90, elle se lance dans un projet de reconstitution de la Cinémathèque libanaise. Devenue photographe et artiste plasticienne reconnue, Jocelyne Saab publie en décembre 2018 Zones de guerre, son premier livre d’art reprenant l’intégralité de son travail.

Laura Lépine

The Giraffe

Virée nocturne au Caire

VENDREDI 12 AVRIL A 16H45

Entre réalité et fantastique, ombre et lumière, le réalisateur égyptien Ahmad Magdy brouille les pistes et rafle la mise avec son premier long-métrage intitulé The Giraffe. Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre !

Visuel tiré du film The Giraffe d'Ahmed Magdy

Une course contre la montre dans les rues du Caire, une fille sur le point d’avorter et des girafes qui jouent à cache-cache au zoo de Gizeh. C’est le cocktail étonnant et détonnant du premier long-métrage du cinéaste-acteur égyptien Ahmed Magdy. Drame aux accents surréalistes, The Giraffe embarque le spectateur pour une virée nocturne dans les rues du Caire. Une plongée dans le quartier de Maadi by night qui débute un peu comme un road-movie. Au volant, Ahmed s’engage dans les rues désertes du Caire : il doit trouver de l’argent pour aider une jeune femme à avorter. Un acte encore illégal en Egypte. Sur sa route, le trentenaire croise un groupe intriguant de jeunes gens, dirigé par une femme. Mais il y a plus étrange encore : la meneuse du mystérieux collectif cherche à résoudre l’énigme entourant une girafe portée disparue au zoo de Gizeh. Après avoir réalisé trois courts métrages (Zizo, Cream Cake et To the Sea), Ahmed Magdy joue la carte du surréalisme pour son premier « long ».

A commencer par le titre du film qui trouve ses origines dans l’enfance du cinéaste : « J’ai toujours aimé cet animal. Il y a dix ans, j’ai entendu dire qu’il n’y avait plus de girafe en Egypte. Et puis quand j’ai commencé à écrire le scénario, je voulais ajouter une touche surréaliste, fantastique au film. La girafe symbolise la beauté, mais aussi la question du genre : le male et la femme sont semblables. Et puis c’est un animal qui n’émet pas de son, un peu à l’image de ma génération, incapable de s’exprimer », confiait le cinéaste au magazine Variety.

Défier les tabous

Du côté du célèbre Hollywood Reporter, le journaliste John DeFore a une toute autre explication : « Le nom du film vient d’une histoire qu’Ahmed Magdy a entendu dans un parc : les deux dernières girafes vivant en Egypte étaient un mâle et une femelle, abrités dans deux zoos différents. Le but était de les réunir pour lutter contre leur extinction, mais le destin les a séparés. Et pourtant, la femelle a donné naissance à un petit ruminant », façon Immaculée Conception. Chacun choisira sa théorie pour le nom de baptême du « bébé » d’Ahmed Magdy.

Mais si le réalisateur-acteur emprunte les codes du fantastique, c’est pour mieux défier les tabous de la société égyptienne : « L’avortement est illégal en Egypte. Et c’est aussi illégal d’être enceinte sans être mariée », rappelle Ahmed Magdy dans une interview accordée au magazine Variety. « Dans mon film, la jeune fille qui va se faire avorter est donc considérée comme une criminelle. Pour la plupart des Egyptiens, elle est criminelle à plus d’un titre, mais je ne suis pas d’accord avec cette vision. Je pense que les femmes ont le droit d’avoir des enfants en dehors du mariage et qu’elles devraient avoir le droit d’avorter, c’est ma conviction profonde ».

Sélectionné au Festival du film de Marrakech et au Festival international du film du Caire en 2018, le lumineux Giraffe est aussi un cri d’amour lancé aux jeunes égyptiens : ce film parle du fait de croire en un miracle dans une ville où les jeunes n’ont pas la possibilité de s’exprimer librement et dans laquelle ils se sentent souvent déconnectés, ne comprenant pas toujours ce qu’il se passe autour d’eux. C’est un film pour tous ceux qui ont perdu la foi ». Une chose est sûre, on croit déjà en ce jeune réalisateur aux débuts prometteurs.

The Giraffe, le compte est bon

15 : le réalisateur a vécu 15 ans le quartier de Maadi au Caire, lieu de tournage du film The Giraffe.

3 : Ahmed Magdy a réalisé trois courts métrages avant de signer The Giraffe.

4 : The Giraffe a représenté quatre années de travail pour le cinéaste égyptien.

 >>> 15 + (4 X 3) = 27 : c’est en nombre de jours, la durée du tournage du film The Giraffe.

 Le saviez-vous ?

Acteur reconnu, jeune cinéaste primé, Ahmed Magdy est diplômé en droit (Université Ain Shams au Caire) … mais il est aussi professeur de yoga. Namaste !

Laura Lépine

Jusqu'à la fin des temps

Amour à mort made in Algérie

VENDREDI 12 AVRIL A 18H45

L’amour n’a pas d’âge et le talent est héréditaire. La preuve en images dans le premier long-métrage de la réalisatrice algérienne Yasmine Chouikh. Il faut dire que la cinéaste-journaliste-actrice est une enfant de la balle…

Visuel tiré du film Jusqu'à la fin des temps de Yasmine Chouikh

Dans la famille Chouikh, je demande la fille, Yasmine. Née de l’union du réalisateur-scénariste Mohamed Chouikh et de la réalisatrice-scénariste-monteuse Yamina Bachir-Chouikh, Yasmine s’est fait un prénom dans le cinéma avec son premier long-métrage intitulé Jusqu’à la fin des temps. Sortie en 2016, cette comédie dramatique a récolté tous les suffrages dans les festivals du monde entier. Après avoir fait ses premiers pas au Festival international du film de Dubaï 2017, le film a reçu le Prix d’argent « Alhambra de Plata » au Festival du cinéma de Grenade, le Grand Prix et le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival du film méditerranéen à Annaba, mais aussi le Grand Prix au Festival du film de Mascate.

Cerise sur le gâteau, le premier « long » de Yasmine Chouikh avait été retenu pour représenter l’Algérie aux Oscars 2018. Difficile de faire meilleure entrée dans la cour des grands pour la jeune cinéaste. Journaliste pour la télévision algérienne, critique de cinéma, créatrice de la série « Studio 27 » et auteure de deux courts métrages (El BabEl Djinn), Yasmine Chouikh, 37 ans, affiche déjà un CV impressionnant. Et déjà une belle collection de récompenses internationales.

L’amour pour tous

Des prix récompensant un premier film aussi audacieux que prometteur. Jusqu’à la fin des temps dépeint une histoire d’amour amorcée dans un cimetière, entre deux sexagénaires. Un point de départ courageux pour un premier long-métrage. Eclairé de l’intérieur, le scénario signé par Yasmine Chouikh fait mouche. On suit, on vibre pour le cœur du fossoyeur Ali qui s’emballe dès sa première rencontre avec Joher, venue se recueillir pour la première fois sur la tombe sa sœur. Et la relation entre les deux sexagénaires va prendre un autre tournant lorsque Joher demande à Ali de l’aider à préparer ses propres funérailles. Une requête qui va faire naître un lien fort entre le « gardien des morts » et sa bien-aimée.

 « Je voulais parler d’un amour né dans un cimetière, une histoire d’amour entre deux sexagénaires n’attendant plus grand-chose de la vie et pensant qu’ils n’ont plus droit qu’à la mort ; une métaphore de nos sociétés qui ont également tendance à être des lieux sinistres où la mort est reine et l’amour est tabou et si l’amour est toléré, il reste l’apanage de la jeunesse », confie la cinéaste algéroise. Pari réussi pour la jeune cinéaste qui s’est fait une place sur la scène internationale. One, two, three, Viva Yasmine Chouikh !

Yasmine Chouikh, Bio Express

Née en 1982 à Alger

Diplômée en psychologie et science de l’éducation

Fait ses débuts en tant qu’actrice en 1987 dans le film La Citadelle de Mohamed Chouikh

Présente depuis 2005 un programme sur le cinéma à la télévision algérienne nationale

2006 : elle réalise son premier court-métrage, El Bab

2016 : elle réalise et signe le scénario de Jusqu’à la fin des temps, son premier long-métrage

Laura Lépine

Une urgence ordinaire

Maroc à huis-clos

VENDREDI 12 AVRIL A 21H00

Dans son deuxième long-métrage, Une urgence ordinaire, le réalisateur Mohcine Besri prend le pouls d’une société marocaine en pleine mutation. L’hôpital de Casablanca sert de décor à ce drame qui se joue à huis clos.

Visuel tiré du film Une urgence ordinaire de Mohcine Besri

Dans le hall de l’hôpital de Casablanca, Driss, pêcheur, et son épouse Zahra attendent des nouvelles de leur fils, Ayoub, 6 ans. Le diagnostic tombe : le petit garçon est atteint d’une pathologie cérébrale. Ses chances de survie sont faibles, il faut l’opérer immédiatement. Pour Driss et Zahra, c’est le début d’une douloureuse remise en question : sont-ils prêts à tout faire pour sauver leur enfant ? A quelques mètres du petit garçon, Ali, jeune homme déprimé, hospitalisé après une tentative de suicide. Le destin des deux patients est entre les mains de Tariq, un médecin consciencieux, mais surmené.

A l’hôpital, les inégalités sociales sont devenues le lot quotidien des marocains. Et c’est bien cette Une urgence ordinaire que le cinéaste maroco-suisse Mohcine Besri met en scène dans son deuxième long-métrage. En utilisant l’hôpital public comme symbole du malaise social, le réalisateur dresse un portrait au vitriol de la société marocaine dans un huis clos métaphorique. « Il n’y avait pas meilleur lieu qu’un hôpital pour raconter les maux d’une société », confie Mohcine Besri. Professeur de mathématiques devenu cinéaste, met un point d’honneur à défendre le service public : « la santé et l'éducation sont des piliers, tout citoyen devrait y avoir accès".

 

« Eclairer les endroits sombres de nos sociétés »

Unique film marocain sélectionné au dernier Festival international du film de Marrakech, Une urgence ordinaire interroge autant qu’il bouscule : « mon film peut même faire mal, car il montre une réalité douloureuse pour amener le spectateur à réfléchir. A mon sens, c’est même le rôle majeur du cinéma que de poser des questions et interpeller. Un cinéaste ne donne pas de réponses, puisque ce sont nos politiciens qui prétendent détenir celles-ci et Woody Allen le dit si bien : « J’ai des questions à toutes leurs réponses ». Donc mon rôle de réalisateur s’arrête à éclairer les endroits sombres de nos sociétés ».

 Un sens de l’engagement déjà présent dans son premier long-métrage, Les Mécréants, sorti en 2011. Sur le thème du dialogue et de l’acceptation de l’autre, ce drame mettant en scène trois jeunes islamistes kidnappant un groupe de comédiens, avait été salué par la critique. Remportant au passage le Prix Naguib Mahfouz au Festival international du film du Caire. Un cinéma militant, exigeant : l’équation gagnante de Mohcine Besri.

La French Touch

Le film Une urgence ordinaire se termine avec une musique composée par le groupe montpelliérain N3rdistan. Fan de ces musiciens français, le cinéaste Mohcine Besri les a sollicités pour signer la musique du film.

Mohcine Besri Bio express

1971 : naissance à Meknès (Maroc)

1996-2000 : diplômé en informatique à l’Université de Genève. Il est aussi professeur de mathématiques.

2006 : réalise son premier court-métrage, « Kafka, mort ou vif ! »

2011 : réalise « Les Mécréants », son premier long-métrage.

2018 : son film « Une urgence ordinaire » est sélectionné au Festival international du film de Marrakech

Laura Lépine

Mafak

La Palestine verrouillée de l'intérieur

SAMEDI 13 AVRIL A 14h45

Avec Mafak, le cinéaste Bassam Jarbawi signe un premier film puissant sur le quotidien d’un ancien prisonnier sur fond de conflit israélo-palestinien. Comme un cri d’alarme adressé au monde entier.

Visuel tiré du film Mafak de Bassam Jarbawi

Comment reprendre une vie normale après avoir passé quinze ans prison ? Et comment renouer avec le quotidien d’un pays en plein tourment ? Coincée entre réalité et hallucinations, marqué par ses années d’enfermement, Ziad, tente de reprendre le contrôle de sa vie dans Mafak, premier long-métrage du cinéaste palestinien Bassam Jarbawi. « J’ai toujours été intéressé par les conséquences de la prison, parce qu’une fois que vous êtes en prison, il n’y a rien d’autre à faire que d’essayer de survivre. Je ne savais pas que je voulais faire un film autour de la prison. Mais quand j’ai quitté New York où j’étudiais le cinéma et que je suis revenu en Palestine, j’ai découvert que tout le monde vivait dans une prison. C’est ainsi que l’idée du film m’est venue », confie Bassam Jarbawi.

 Mafak, qui signifie tournevis, aborde donc la question de la reconstruction, d’un homme et d’un pays. Au plus près de son sujet, le cinéaste a rencontré des prisonniers palestiniens, pour raconter leurs histoires, leurs luttes : « c’était important de prouver qu’ils sont des êtres humains avant tout ». Dans Mafak, Bassam Jarbawi dénonce une Palestine incarcérée, verrouillée de l’intérieur, mais dans laquelle la reconstruction est possible. Le cinéaste compte bien « bousculer les mentalités » et redonner espoir à ses concitoyens.

 

« C’était presque impossible de faire ce film »

Armé d’une volonté de fer, le jeune réalisateur est venu à bout d’un tournage qui relève du parcours du combattant en Palestine : « la plus grande difficulté pour tourner le film vient de l’occupation : on ne pouvait pas avoir l’équipement qu’on voulait, ni l’équipe de tournage qu’on voulait. On ne pouvait pas se déplacer. C’était presque impossible de faire ce film. En faisant un film en Palestine, nous prouvons que nous pouvons raconter des histoires sur ce territoire ».

Auréolé du Prix du meilleur film au Festival International du Film du Bosphore, sélectionné au Festival Cinéma Méditerranéen de Montpellier (Cinemed) et au Festival International du premier film d’Annonay, Mafak fait une entrée remarquée sur la scène international et marque les débuts d’un cinéaste sur lequel il faudra compter à l’avenir.

Laura Lépine

Bassam Jarbawi, l’artiste aux multiples talents

Bassam Jarbawi a débuté sa carrière en tant que photographe. Il est devenu opérateur assistant et monteur aux informations télévisées en Cisjordanie. Après une licence en communication et sciences politiques, il a obtenu un Master en réalisation à la prestigieuse université de Columbia à New York. Bassam Jarbawi vit actuellement à Ramallah.

Regarde-moi

Mon fils, ma bataille

SAMEDI 13 AVRIL A 17H30

Après le succès de Bastardo sorti en 2013, le cinéaste tunisien Nejib Belkadhi renoue avec la fiction avec un drame familial sur l’acceptation de la différence. Regarde-moi met en scène un père et son fils autiste, tentant de s’apprivoiser après des années de silence.

Visuel tiré du film Regarde-moi de Nejib Belkadhi

Nejib Belkadhi, chouchou des festivals

 

Acteur, producteur et réalisateur, Nejib Belkadhi s’est fait connaître pour son documentaire VHS Kahloucha, présenté à Cannes en 2006. Son premier long-métrage avait été sélectionné dans la section « World documentary » à Sundance. Sept ans plus tard, son premier long-métrage de fiction, Bastardo avait reçu le prix du meilleur film au Festival de cinéma d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine de Milan. Nejib Belkadhi n’a pas fini de collectionner les récompenses !

Lotfi, immigré tunisien installé à Marseille, a un secret : il a deux vies. Une en France, avec sa compagne Monique et celle qu’il aurait pu poursuivre à Tunis, avec la famille qu’il a abandonnée en partant. De l’autre côté de la Méditerranée, sa femme vient d’avoir un AVC. Contraint à rentrer « au pays », Lotfi retourne auprès d’elle afin de s’occuper de leur petit garçon autiste, qu’il n’a jamais connu. Le quadragénaire va devoir apprendre à établir une relation avec son fils. C’est cette quête de paternité que le cinéaste tunisien Nejib Belkadhi met en scène dans son deuxième long-métrage de fiction intitulé Regarde-moi. Un drame familial émouvant sur le sentiment de culpabilité, le pardon, dans lequel le cinéaste aborde avec finesse le thème de l’autisme.

 Une histoire inspirée par la série Echolila Series du photographe américain Timothy Archibald autour de son fils autiste. Et pour être le plus juste possible, Nejib Belkahdi s’est plongé dans le quotidien de ses enfants et de leurs familles en se rendant dans des centres spécialisés. Une immersion qui lui a permis de donner à Regarde-moi une sincérité sans jamais tomber dans le pathos. « Toute la difficulté dans ce film était de chercher l’émotion dans la retenue. Un vrai travail de funambule. On ne peut pas jouer avec un sujet pareil, il faut être juste », confie le cinéaste.

 

« Une ode à la différence »

Pari réussi pour le réalisateur : depuis sa sortie en 2018 Regarde-moi, est devenu la coqueluche de nombreux festivals internationaux. De Marrakech à Toronto, en passant par les Journées Cinématographiques de Carthage, l’histoire de cet apprivoisement entre un père et son fils, a touché en plein cœur les cinéphiles du monde entier.

A travers de l’autisme, Nejib Belkadhi explore le thème de l’acceptation de la différence dans une société ultra normée : « Bien que l’autisme soit au centre du film, je crois que Regarde-moi est avant tout une ode à la différence. Nous vivons dans des sociétés où tout ce qui sort des cadres est encore très mal perçu. Où un handicap, une orientation sexuelle, une coupe de cheveux peut susciter l'exclusion. La violence. Je crois que nous, cinéastes, devons être les premiers à attirer l'attention sur l'intolérance ». Un film comme une déclaration d’amour à tous les exclus.

Laura Lépine

Alliance israélo-palestinienne

The Reports on Sarah and Saleem

SAMEDI 13 AVRIL A 20H00

Deuxième long-métrage de Muayad Alayan, The Reports on Sarah and Saleem mêle drame conjugal et thriller sur fond de conflit israélo-palestinien. Un récit tiré d’une histoire vraie. La preuve que la réalité dépasse parfois la fiction.

Visuel tiré du film The Reports on Sarah and Saleem de Muayad Alayan

Muayad Alayan : Bio express

Né en 1985, Muayad Alayan est un réalisateur et producteur palestinien. Il étudie la réalisation à San Francisco. Son film de fin d’études, le documentaire Exiles in Jerusalem remporte le Prix Kodak en 2005. Dix ans plus tard, son premier long-métrage Amours, larcins et autres complications, est présenté en avant-première mondiale à la Berlinale. Il a reçu deux prix aux Best Arab Narrative Film Awards. Muayad Alayan est le co-fondateur de PalCine Productions, un collectif d’artistes audiovisuels basé à Jérusalem et Bethléem. 

Sarah et Saleem s’aiment, même s’ils sont déjà mariés chacun de leur côté. Une relation extraconjugale qui pourrait sembler banale. Il n’en est rien. Sarah est israélienne et Saleem palestiniens, tous deux vivent à Jérusalem. Et lorsque les deux amants sont repérés au mauvais endroit au mauvais moment, leur destin va basculer. Un couple adultère mixte israélo-palestinien, dans le film The Reports on Sarah and Saleem de Muayad Alayan, drame conjugal et conflit politique s’entrechoquent.

Trois ans après le succès mondial de son premier long-métrage Amours, larcins et autres complications, le cinéaste Palestine remet le couvert une de fois de plus avec brio. Cette fois, pas question de vol de voitures, mais bien d’une passion dévorante qui va prendre une dangereuse dimension politique. Lorsque Sarah, tenancière d’un café et Saleem, livreur, se disputent en public, leurs conjoints respectifs découvrent que des cornes leur poussent sur la tête. Mais les conséquences seront terribles pour Saleem qui devient la cible des forces de sécurité israélienne.

Les frères Alayan, un duo gagnant

Le lien unissant ces deux-là est sans cesse fragilisé par un déséquilibre des pouvoirs : Sarah tient un commerce, Saleem est livreur. Même la ville semble être dirigée par les forces israéliennes. Sarah tient donc le destin de Saleem entre ses mains.

Avec The Reports on Sarah et Saleem, Muayad Alayan signe un véritable thriller conjugal s’appuyant sur des enjeux politiques et sociaux. Un récit captivant déjà auréolé du prix spécial du jury et du prix du public du Hubert Bals Fund au festival international du film de Rotterdam 2018. Des récompenses que le cinéaste a partagé avec son frère Rami, auteur du scénario de The Reports on Sarah and Saleem. Un deuxième essai transformé en coup de maître pour les deux frangins qui avaient écrit Amours, larcins et autres complications, présenté en avant-première mondiale à la Berlinale. A l’instar des frères Coen et Dardenne, le duo Alayan fait des étincelles sur grand écran !

Laura Lépine